Un bidonville à Abidjan

A la veille de la CIDP à Nairobi : La Côte d’Ivoire présente un bilan morose 25 ans après le Caire

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Les militants pour l’amélioration des conditions de vie des Hommes en général et des femmes et des enfants en particulier partout dans le monde vont se retrouver durant trois jours (12 au 14 novembre) à Nairobi au Kenya pour faire le point des engagements pris, il y a 25 ans (1994) au Caire en Egypte. Au Caire, les 179 gouvernements présents, avaient adopté, lors de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIDP), un programme d’action « visionnaire visant à protéger la santé et les droits des femmes et des filles et à promouvoir leur autonomisation ».

 Comme Partout, dans de nombreux pays en développement, des progrès significatifs ont été réalisés en 25 ans. Selon le rapport national d’examen des cinq ans de la mise en œuvre de la déclaration d’Addis-Abeba (adoptée par le Chefs d’Etat de l’Union Africaine) sur la population et le développement (Daapd) au delà de 2014, la Côte d’Ivoire a réalisé de nombreux progrès dans les domaines de la « Dignité et de l’égalité » ; de la « Santé » ; dans la « mobilité » ; dans la « gouvernance » ; dans la production de « donnée et statistiques » et dans la « coopération internationale et partenariat ».

Par exemple, en matière d’égalité entre les sexes, équité et autonomisation des femmes, le pays a adopté plusieurs recommandations internationales et régionales notamment pour la protection des femmes. « Il s’agit notamment de la constitution de novembre 2016 qui reconnait les droits, les libertés et les devoirs de chaque ivoirien femme / homme, qui interdit toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, fixe les principes d’égalité entre tous les citoyens et assure la protection des personnes vulnérables (…) »

En outre, la Côte d’Ivoire selon ce rapport, a voté une loi qui lutte contre la discrimination et la stigmatisation sur les personnes vivant avec le Vih. Elle s’est dotée d’un décret qui renforce l’accès à la justice des femmes victimes qui sont indigentes. De même, en faveur des enfants, une loi qui rend obligatoire l’école pour les enfants âgés de 6 à 16 ans a été votée. Un décret portant création d’un Observatoire National de l’Equité et du Genre (Oneg) a par ailleurs été signé par le président de la République.

 11% de femmes au parlement

 Le rapport poursuit pour montrer toujours dans le domaine de la « Dignité et de l’Egalité », les autorités ont renforcé le cadre institutionnel « pour la promotion de l’égalité des sexes et du genre a été également renforcé avec la création en 2014 d’un Observatoire National de l’Equité et du Genre (ONEG). Le cadre institutionnel et réglementaire pour la prise en compte du genre a été introduit dans toutes les politiques ».

Pour autant, reconnait le même rapport, « malgré ces efforts, les inégalités entre les sexes persistent ». Ainsi, au niveau de la « participation publique et politique, la situation de la femme est marquée par sa sous représentation dans les instances de décision et aux postes de responsabilité dans l’administration publique et privée. La représentation actuelle des femmes n’atteint pas les 30% pour la plupart des postes de décision. Elles restent minoritaires au Parlement (11%), au Gouvernement (20%), aux conseils municipaux (5% de femmes maires), aux Conseils régionaux (3,2%) en 2017 ».

Sur la question de la protection contre les violences basées sur le genre, « les femmes, note le rapport, sont exposées à toutes sortes de violences, y compris les violences sexuelles qui ont été exacerbées dans certaines régions par les conflits armés et les conflits intercommunautaires. Les plateformes de violence basée sur le genre (VBG) ont notifié 2 896 cas de VBG en 2016, avec 21% des victimes de viol ».

Pire, le rapport affirme que « ces chiffres sont sous-estimés car tous les cas de VBG ne sont pas systématiquement signalés aux plateformes VBG. La prévalence des Mutilations Génitales est également très élevée. Elles affectent 36,7% des femmes âgées de 15 à 49 ans et environ une fille sur dix (10,9%) âgée de 4 à 14 ans ». « Cette pratique, constate les rapporteurs,  est plus répandue dans les régions du Nord, du Nord-Ouest et de l’Ouest où la prévalence est supérieure à 50% ».

Pourquoi ? « Des facteurs socioculturels principalement, expliquent la persistance de ces pratiques malgré l’existence d’une loi qui les réprime. Les mariages forcés et précoces sont également très répandus. Selon l’enquête MICS 2016, 32,1% des femmes sont mariées avant l’âge de 18 ans et un peu plus d’un quart (25,6%) des femmes de 15-49 ans mariées, le sont en union polygame. Les violences existent aussi en milieu scolaire ».

Qu’en est-il de la prise en charge des violences basées sur le genre ? A ce sujet, la contribution de l’UNFPA, l’un des principaux initiateurs de la CIDP de Nairobi, a permis d’améliorer les efforts du gouvernement ivoirien et des Ong nationales et internationales. Une Stratégie Nationale de Lutte contre les Violences Basées sur le Genre a été adopté et mise en route.

Ainsi, « en quatre années de mise en œuvre de cette stratégie, 91% des cas de violences sexuelles identifiés, ont bénéficié d’une prise en charge psychosociale, 87% des cas ont bénéficié d’une prise en charge médicale dont 41% dans les 72h », fait ressortir le rapport.

 1 265 310 dont 641 374 filles sont hors de l’école

Dans le domaine de l’accès à l’éducation de la petite fille et à l’achèvement de ses études, le constat est accablant malgré les avancées (loi sur l’école obligatoire). En effet, le rapport produit par les experts nationaux affirme que  « de nombreux parents persistent encore à privilégier l’accès à l’école aux garçons plutôt qu’aux filles ». Pour illustrer leur affirmation, ils ont pris l’exemple de l’année scolaire 2017-2018. Où,  « sur 3 900 222 enfants scolarisés dans l’enseignement primaire, 47,9% étaient des filles ». Donc, plus de garçons que de filles. Les rapporteurs dénoncent  « la non prise en compte des besoins spécifiques de ces dernières (filles, ndlr) les rendent particulièrement vulnérables en les exposant à des grossesses précoces et à un faible taux d’achèvement des études ». Bien que la parité entre garçons et filles commence à apparaître au niveau de l’enseignement primaire (0,93), cela n’est pas le cas au niveau secondaire (0,83). En 2015, selon l’étude nationale sur la situation des enfants et adolescents en dehors de l’école,  1 265 310 dont 641 374 filles sur un total de 3 549 087 enfants en âge scolaire (6-11 ans), étaient en dehors de l’école.

Dans l’enseignement technique et de la formation professionnelle, les experts constatent que  « les effectifs scolaires restent encore faibles, seulement 6,1% des élèves du secondaire sont inscrits dans cet ordre d’enseignement ». Et cela,  « comparativement à celui des pays émergents (Russie avec 17% et Chine avec 22,4%) et développés (France avec 18,8% et Grande Bretagne avec 32,1%) ».

Au niveau de l’accès des femmes à la santé et la lutte contre la mortalité maternelle et infantile, le rapport mentionne que « la Côte d’Ivoire a institué au sortir de la longue crise militaro-politique le principe de la gratuité totale puis de la gratuité ciblée des soins en faveur des femmes enceintes ». En dépit de ces efforts, le pays connait des « taux élevés de mortalité maternelle, estimé à 614 pour 100 000 naissances vivantes selon l’EDS 2011-2012 ».

D’autres sources non officielles parlent de plus de « 1000 décès pour 100 mille naissances vivantes ». En outre, on note une  « augmentation des cas de cancers féminins et la féminisation de l’infection à VIH ». Par ailleurs, « seulement 69,8% des femmes accouchent dans un établissement sanitaire et plus d’un quart (26,4%) des femmes ne bénéficient pas d’un accouchement assisté par un personnel de santé qualifié (MICS 2016), et seulement 51,3% des femmes enceintes effectuent les quatre consultations prénatales obligatoires, 93,2% n’effectuant qu’une seule consultation ». Des statistiques alarmantes.

Sur la  planification familiale, les données ne sont pas roses non plus. « La pratique contraceptive est faible bien qu’elle ait progressé de 14 % en 2012 à 15,5% en 2016 (EDS-MICS 2012, MICS 2016) ». 18% selon les derniers chiffres du ministère de la Santé ivoirien. « Les besoins non satisfaits en matière de PF sont passés de 27% en 2012 à 30,5% en 2016 (EDS-MICS 2012, MICS 2016) ». C’est-à-dire que ces femmes veulent accéder à une méthode contraceptive mais, elles n’y arrivent faute d’indisponibilité dans leur environnement.

«  La mortalité des enfants de moins de 5 ans, bien qu’élevée, a baissé entre 2005 et 2012. Elle était de 125 pour 1000 naissances vivantes en 2005 (EIS) contre 108 pour 1000 naissances vivantes en 2012 (EDSMICS) ». Malgré « la forte morbidité des enfants, poursuivent les rapporteurs, la couverture vaccinale reste faible. Seul un enfant de 12- 23 mois sur trois est complètement vacciné ». Selon les experts ivoiriens, « la précocité sexuelle, les mariages et les grossesses précoces, la faible utilisation des condoms et des contraceptifs modernes, la consommation abusive d’alcool et de tabac » sont l’apanage des jeunes et des adolescents. Ce qui les exposent et les caractérisent « aux maladies transmissibles telles que le VIH/sida ». Le nombre de Services de Santé Scolaire et Universitaire est passé de 47 en 2001 à 160 en 2015 », affirme le rapport.

Sur la promotion du genre et de l’autonomisation de la femme, des fonds ont été mis en place.  Le « Fonds Femme et Développement » le « Fonds d’Appui Aux Femmes de Côte d’Ivoire » (FAFCI). Grâce à ces fonds, plusieurs femmes ont pu accéder « facilement à des ressources financières à coût réduit en vue de créer ou de renforcer des activités génératrices de revenus »

L’état civil n’est pas exploitable « pour produire des données statistiques »

Pour anticiper et planifier le développement et les besoins de la population, un Etat moderne se doit d’avoir des données et statistiques. Elles sont à la fois des outils de gouvernance et de souveraineté. Si le rapport salue « la promulgation de la loi statistique n° 2013-537 du 30 juillet 2013 portant organisation du Système Statistique National », car elle «  est une grande avancée dans la mesure où elle donne l’obligation à toute personne physique ou morale de répondre à une enquête d’utilité publique », il affirme aussi que cette loi n’est pas appliquée sur le terrain.

La preuve,  « le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) a été réalisé en 2014. Mais des graves insuffisances techniques ont été relevées dans la conduite de ce recensement et ont impacté négativement les résultats. Aussi un recensement anticipé est-il prévu en 2019 ».

Ce quatrième recensement général de la population avait été boycotté par une partie de la population sur appel de l’opposition ivoirienne. Par ailleurs, dans la vie de tous les jours, « l’enregistrement des faits d’état civil (naissance, décès et mariage) et des événements pouvant modifier certaines de ces données (divorce, séparation, adoption, légitimation, changement de patronyme) n’est pas exhaustif et ne peut pas être exploité pour produire des données statistiques ». Les rapporteurs citent l’annuaire des statistiques de l’état civil, qui fait cas d’un « taux d’enregistrement des naissances en Côte d’Ivoire était de 74,8% en 2016 ».

Mais, des efforts sont en cours pour « assurer efficacement et pleinement l’enregistrement des naissances et décès sur toute l’étendue de son territoire, la Côte d’Ivoire dans le cadre du projet intitulé : « Appui à l’enregistrement des naissances et des décès dans les délais et à la réforme de l’Etat-civil en Côte d’Ivoire ».

A la veille de la conférence de Nairobi, on peut faire le constat que la Côte d’Ivoire, 25 ans après la CIDP au Caire, présente un bilan morose. En effet, La situation de la jeune fille, de la femme, de la santé, des données et statistiques… sont loin des engagements pris par le pays. Toutefois, des actes positifs ont été posés et des efforts sont en cours pour remédier à ces insuffisances criantes.

Coulibaly Zié Oumar

 

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