Affaire Soro / Johnson Adiko, pdt CPE : « Pourquoi chaque fois, Guillaume Soro est accusé…?»

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Johnson Adiko, le président de la Coalition patriotique pour l’émergence(CPE) se prononce ici sur les derniers développements de l’actualité, marqués par l’affaire Soro.   

Notre Voie : Le 23 décembre dernier alors qu’il rentrait au pays  après un séjour de sept mois en Europe, Guillaume Soro n’a pu retrouver les siens, car l’avion le transportant a été détourné vers Accra. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui et plusieurs de ses partisans ont été placés sous mandat de dépôt. Quels commentaires faites-vous de ce développement de l’actualité politique ?

Johnson Adiko : Avant toute chose, vous me permettrez d’exprimer mes vœux du nouvel an aux Ivoiriens. Je souhaite que l’année 2020 soit socialement et économiquement plus reluisante que l’année 2019. Je formule des vœux de paix et de prospérité pour le pays. Enfin je souhaite que les acteurs politiques ivoiriens soient habités par la sagesse dans leurs agissements. Car avec ce qui se passe, nous qui sommes aux côtés des populations, nous sommes inquiets.  La Côte d’Ivoire proclame son attachement à la démocratie et à la justice. Il est souhaitable que ces valeurs influencent sur nos agissements pour éviter que la Côte d’Ivoire ne sombre à nouveau.

Pour revenir à votre question, je voudrais dire qu’à la CPE, nous refusons de nous immiscer dans touts ce qui est procédure judiciaire. Parce que nos acteurs politiques n’ont que la politique à la bouche. Ils ne se penchent en réalité que sur les problèmes politiques. Ils ont laissé de côtés les préoccupations des Ivoiriens. Or pour nous, ce qui doit primer sur tout n’est rien d’autre que la prise en compte des problèmes des populations. Comme je l’ai indiqué tantôt, c’est une procédure judiciaire qui suit son cours. Nous attendons de voir. Il revient à Guillaume Soro d’apporter les preuves de son innocence pour éclairer l’opinion. Cependant, nous nous demandons pourquoi Guillaume Soro a toujours des problèmes d’enregistrements sonores. Sur la tentative de coup d’état manqué, il a nié les accusations. Aujourd’hui, ses avocats reconnaissent bien que c’est lui, mais ils expliquent qu’il a accepté de jouer le jeu pour piéger ceux qui sont venus l’espionner.

L’enchaînement des événements avec l’ouverture d’information judiciaire à l’encontre de plusieurs de ses partisans, le lancement d’un mandat d’arrêt donne tout de même à s’interroger ?

Au risque de me répéter, nous refusons de commenter les décisions de justice. Par contre, nous disons que la justice ne doit pas être utilisée comme une arme politique. Dans le même temps, il ne faut non plus que sous le couvert de la politique, n’importe quel quidam fasse n’importe quoi. C’est-à-dire que la politique ne doit être un refuge.

  Etes-vous en train de dire insidieusement que Guillaume n’est pas clair ?

Chaque fois, c’est lui qui est accusé de manœuvres de déstabilisation. Cela est gênant de mon point de vue. Je vous ai parlé tantôt de ce qui s’est passé au Burkina Faso. Dans le cas d’espèce, il est soupçonné d’être à la base d’une atteinte à la sureté de l’Etat. Affoussiata Bamba Lamine qui ne nie pas l’enregistrement soutient que ça a été fait en 2017. Mais dans tous les cas, on retient que ça n’honore pas le mis en cause.

Des ex-Com-zones ont été cités dans l’enregistrement par Guillaume Soro. Pourquoi jusque-là, ceux-ci n’ont-ils pas été interpellés ?

Vous avez ma réponse. Pas de commentaire sur la procédure en cours. Nous souhaitons que la lumière soit faite pour que tout un chacun soit situé sur ce dossier.

N’est-ce pas là, le retour des vieux démons de déstabilisation ?

Ne sommes pas surpris. Nous avons dit que nos hommes politiques ne s’intéressent qu’aux affaires politiciennes plutôt qu’aux problèmes des populations. Ils focalisent leurs efforts sur la reconquête du pouvoir ou sur sa conservation. C’est malheureux mais on risque de retomber dans ce qu’on a déjà vécu. Je profite de votre micro pour appeler les populations à s’organiser pour sortir de ces clivages et de  regarder les offres politiques pour choisir celles qui répondent à leurs attentes.

Vous êtes d’avis avec ceux qui disent que 20202 est risqué ?

Nous sommes inquiets. Tous les voyants sont au rouge pour une nouvelle crise. C’est justement pour cela que nous lançons un appel aux acteurs  politiques afin qu’ils se ravisent. Les Ivoiriens veulent des propositions susceptibles d’apporter des changements dans leur quotidien. Il faut faire la politique autrement. Il n’est pas encore tard. En dix mois, nous pouvons changer les choses. En Côte d’Ivoire, les extrémistes n’ont plus leur place. Nous avons besoin de personnes pondérées qui mettent au cœur de tout, le bonheur du citoyen. Malheureusement, ces personnes, on n’en trouve pas beaucoup.

Vous critiquez souvent l’opposition ivoirienne. Est-ce à dire que pour vous l’opposition n’est pas à la hauteur des attentes ?

Pour moi, il n’y a pas d’opposition.

Pourtant, il y a des partis comme le PDCI qui est compte beaucoup !

J’estime que le PDCI n’est pas dans l’opposition. Parce que ce parti est comptable de la gestion du président Ouattara.

N’empêche qu’aujourd’hui, le PDCI est dans l’opposition !

C’est eux qui le disent. Moi je ne les vois pas comme des opposants. On ne peut gérer le pays dans une coalition et au moment du bilan venir dire qu’on se retire et laisser toute la responsabilité à celui avec qui on a cogéré. Le PDCI et le Rdr ont géré ensemble, ils doivent assumer ensemble. Si le président Ouattara avait accédé à leur requête, ils ne seraient pas en train de faire ce qu’ils font aujourd’hui.

FPI, le MFA et d’autres formations animent l’opposition !

L’opposition qu’on attend, est celle-là qui fait des propositions concrètes allant dans le sens de l’intérêt et du bien-être des populations. Or le constat est loin d’être celui-là. Ce qu’on voit, c’est les revendications politiques. Notamment, les questions de réforme de la CEI. Je ne dis pas que pas ce n’est pas légitime. Mais qui parle des problèmes que les populations rencontrent dans les hôpitaux ; les difficultés liées à la scolarisation. Allez-y au marché vous verrez comment la vie est chère. J’entends certain dire qu’ils sont des Gbagboïstes. Mais je dis qu’ils ne connaissent pas Gbagbo.  En 1990, quand Laurent Gbagbo est apparu sur la scène, il a mis en avant les revendications sociales des Ivoiriens. C’est ainsi qu’il a réussi à rassembler tous les Ivoiriens autour de lui. La CPE est née pour combler ce vide qui consiste à prendre à bras le corps les problèmes des populations ivoiriennes. La CPE veut poser ces problèmes afin ils soient débattus et que des solutions  soient trouvées.

Justement que fait la CPE ?

Nous sommes dans la sensibilisation. Nous demandons aux Ivoiriens de sortir des prisons politiques dans lesquelles les partis politiques les ont enfermées. Aujourd’hui, les compétences réelles des politiques doivent être mises à l’épreuve. Il ne s’agit pas de voter pour X ou Y parce qu’il est de mon village ou est de la même ethnie que moi. Nous sensibilisons les populations à choisir autrement leurs élus.  Ce message  est en train de porter ses fruits. Parce que de plus en plus, l’on refuse la tontine politique.

C’est quoi la tontine politique ?

Le fait que des partis politiques se mettent dans des alliances sans que ces alliances soient adossées à des programmes de gouvernement. Des alliances qu’on peut traiter d’alliances contre nature. Nous disons qu’il faut mettre un terme à ce cercle vicieux des alliances qui rythment la vie politique depuis 1990.

La CPE comme en Marche ?  

Non. En Marche avait un projet politique qui était la conquête du pouvoir. La CPE n’est pas dans cette dynamique. C’est un mouvement politique qui a décidé d’exposer les problèmes des populations afin qu’ils puissent être pris en compte par les dirigeants. Nous intervenons dans l’éducation des populations afin qu’elles puissent choisir.

La CPE à gauche ou à droite ?

Nous sommes un mouvement de gauche ; un mouvement de l’opposition mais nous sommes train loin de l’opposition traditionnelle. Nous sommes loin  du pouvoir mais proche du peuple.

La CPE demain un parti politique ?

On ne sait jamais. Mais cela peut arriver.

Interview réalisée par César Ebrokié

 

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