Candidatures de Ouattara, Bédié et Gbagbo en 2020: Deux camps s’affrontent au RHDP

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Ouattara, Bédié et Gbagbo seront-ils candidats à l’élection présidentielle de 2020 ? Au Rhdp, la question préoccupe de nombreux proches d’Alassane Ouattara, divisés entre les pro-3ème mandat de l’actuel chef de l’Etat et les anti-3ème mandat. Chaque camp brandit ses arguments. Quant à Ouattara, il attend juin-juillet 2020 pour rendre public sa décision. Qui tiendra compte, avons-nous appris, du nouveau contexte fait d’un probable rapprochement politique entre Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

«A ceux qui ont des ambitions personnelles, qui veulent être Président, coûte que coûte, allez leur dire que 2020 est déjà bouclée». Ces propos du ministre d’Etat, Hamed Bakayoko, tenus en janvier 2019 lors d’un meeting de pré-congrès du Rhdp à Yopougon ont suscité une vague de suspicions et d’indignation au sein de l’opposition.

Au cours d’une cérémonie d’hommage à lui faite par la jeunesse du Pdci-Rda, le samedi 26 janvier 2010, à Daoukro, Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda, a qualifié ces propos de « belliqueux et d’anti-démocratiques». Quant au président du Fpi, Pascal Affi N’Guessan, il a renchéri, le lundi 21 janvier 2019, pendant la conférence de presse qu’il animait en soutenant que «rien n’est calé en 2020. Si nous nous retrouvons à des tables de négociations pour la réforme de la Cei, c’est que tout est ouvert et que rien n’est calé. C’est quand les Ivoiriens se seront prononcés que tout sera bouclé ».

Au Rhdp, la coalition au pouvoir, cette sortie d’Hamed Bakayoko a été prise comme des « propos pour galvaniser nos militants », soutient ce cadre du Rdr, proche d’Alassane Ouattara. Et de préciser : « Le Fpi disait avant la présidentielle de 2010 : on gagne ou on gagne. Nous savions tous qu’ils ne pouvaient pas faire un passage en force, que ni nous ni la communauté internationale ne le permettrait ».

Rien n’est donc bouclé concernant l’élection présidentielle de 2020. Bien au contraire, tout est grandement ouvert avec des inquiétudes de part et d’autre. Du pouvoir à l’opposition. Si les opposants redoutent une fraude massive avec en amont une commission électorale (Cei) prise en otage par le Rhdp, le pouvoir, quant à lui, a peur que « les acquis engrangés sous le président Ouattara depuis 2011 soient totalement anéantis par un contexte politique et une succession chaotiques », nous confie ce cadre du Rdr.

Pour qui, le contexte politique actuel, à moins d’une année de la présidentielle de 2020, suscite des inquiétudes au plus haut sommet de l’Etat. «  Même si le chef de l’Etat et le Premier ministre affichent une sérénité. Tout ça c’est de l’apparence. Ils sont conscients que les choses sont pénibles », dit-il.

Les choses pénibles ont pour nom notamment la destination Côte d’Ivoire qui ne capte plus les investisseurs étrangers. «Ils nous font des promesses mais préfèrent tous attendre après l’élection présidentielle de 2020 avant de se décider », ajoute notre source proche de la Primature ivoirienne.

On hésite autour de Ouattara

Les investisseurs étrangers ne veulent pas s’engager justement parce qu’ils craignent d’investir leur argent dans un pays au bord d’une nouvelle crise postélectorale. Les différentes ambassades occidentales installées en Côte d’Ivoire appellent déjà leurs ressortissants à la vigilance en vue de la présidentielle de 2020. Au plan politique, les Etats-Unis et l’Union Européenne exhortent la classe politique ivoirienne à des élections transparentes, démocratiques et apaisées pour éviter le chaos de 2010-2011.

Des diplomates de ces pays avec lesquels nous avons échangé espèrent même que les trois « grands » leaders de la vie politique ivoirienne, Ouattara, Bédié et Gbagbo, pourraient faire preuve de sagesse afin de ne pas se présenter. « Ce serait un grand pas vers une nouvelle ère pour la Côte d’Ivoire », affirme ce cadre du système des Nations Unies en Côte d’Ivoire.

Autour d’Alassane Ouattara, la question de la candidature du mentor a pris une nouvelle tournure au point où Ouattara, lui-même, selon des sources crédibles, pourrait revenir sur son intention de ne pas briguer un 3ème mandat et de céder le fauteuil à une nouvelle génération de dirigeants comme il l’avait promis.

Face à la presse mais également en privé face à certains de ses homologues dont le Français Emmanuel Macron. Le camp favorable à la candidature d’Alassane Ouattara s’oppose évidemment au retour dans la Constitution de l’article relatif à la limitation d’âge à 75 ans de la candidature à l’élection présidentielle. Les tenants de cette position, selon nos sources, estiment qu’une modification de la Constitution pour ramener le verrou des 75 ans établirait une jurisprudence « néfaste ».

D’autant qu’un prochain chef de l’Etat, fort de sa majorité dans les deux chambres du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) pourrait engager des réformes constitutionnelles selon ses intérêts. Pour eux, la Constitution de 2016 doit demeurer en l’état et tous les candidats pourront se présenter y compris Alassane Ouattara.

Parce que, selon eux, la Constitution actuelle ne fait pas obstacle à la candidature de Ouattara en 2020. « Le président Ouattara sera candidat, Bédié aussi et le peuple choisira », affirme notre source proche du Rhdp. Qu’en sera-t-il de la candidature de Gbagbo ? « Seul un accord politique pourra régler cette question », conclut la source.

Les proches d’Alassane Ouattara, qui souhaitent qu’ils prennent sa retraite politique après dix ans de pouvoir, estiment que l’instauration du verrou des 75 ans et par ricochet la modification de la Constitution de 2016 s’impose.

Cela permettra au chef de l’Etat de passer effectivement le relais à une nouvelle génération de dirigeants à la tête du pays. D’autant qu’Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo mais aussi Daniel Kablan Duncan seraient de facto éliminés de la course au pouvoir en 2020, à l’instar d’Alassane Ouattara, lui-même.

« Ceux qui ont cette position pensent que le pays pourra ainsi éviter une nouvelle crise en 2020 », précise notre source proche de la coalition au pouvoir. Qui croit savoir que Guillaume Soro «s’agite inutilement. Il ne fera rien en 2020. C’est Bédié qui lui donne du poids à travers leur alliance mort-née ».

Pour dire vrai, le probable tandem du Rhdp en 2020 (Amadou Gon Coulibaly- Jeannot Ahoussou Kouadio), en cas de primaires qui éliminerait Mabri Toikeusse, aura fort à faire face aux candidats de l’opposition tels que Guillaume Soro, Affi N’Guessan, Jean-Louis Billon et autres, dans un scrutin électoral transparent, démocratique et apaisée.

 

Didier Depry

didierdepri@yahoo.fr

 

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