Côte d’Ivoire/Election présidentielle: l’Union Africaine recommande la mise “en place d’un cadre de concertation entre les acteurs politiques”

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L’Union Africaine a rendu publique cet après-midi, son rapport de mission d’observation du premier tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Un rapport lu par le chef de la mission d’observation électorale, M. Diléita Mohamed Diléita. Nous vous proposons l’intégralité de cette déclaration. 
Excellences Mesdames et Messieurs les chefs de missions internationales d’observation des élections dans le cadre de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 ;
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentants accrédités en République de Côte d’Ivoire ;
Mesdames et Messieurs les observateurs déployés en République de Côte d’Ivoire ;
Mesdames et Messieurs les journalistes et responsables des médias et organes de presse ;
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs.
Sur invitation du Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, le Président de la Commission de l’Union africaine, S.E.M. Moussa Faki Mahamat, a décidé de déployer une Mission d’Observation Electorale, à l’occasion du premier tour de l’élection du  Président de la République, conformément à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance entrée en vigueur le 15 février 2012, la Déclaration de l’OUA/UA sur les principes régissant les élections démocratiques en Afrique AHG. Dec /.1(XXXVII), les Directives de l‘Union Africaine pour les missions d’observation et de suivi des élections et d’autres instruments internationaux pertinents régissant l’observation électorale ainsi que la Constitution et les lois de la République de Côte d’Ivoire.
J’ai l’honneur de conduire cette mission qui est composée de quarante-cinq (45) observateurs dont des représentants permanents auprès de l’Union africaine, des parlementaires panafricains, des responsables d’organes de gestion des élections,  des membres d’organisations de la société civile africaine ainsi que du personnel de la Commission. Ces observateurs sont arrivés le 23 octobre en République de Côte d’Ivoire et y séjourneront jusqu’au 6 novembre 2020.
Cette déclaration porte sur les observations pré-électorales et les constats préliminaires de la mission de l’Union africaine sur le déroulement des opérations de vote et de dépouillement des voix du premier tour de l’élection présidentielle. Elle formule également des recommandations à l’attention des différents acteurs du processus électoral dans le but d’améliorer les futurs scrutins.
La Mission continuera à suivre les développements post-électoraux et publiera un rapport exhaustif sur le processus électoral.
Mesdames et Messieurs,
Depuis mai 2011, l’investiture d’Alassane Ouattara à la Présidence de la République a mis un terme à une décennie de crise et marqué le début d’une ère de normalisation de la situation politique du pays.
Candidat de l’alliance du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) composée entre autres, du Rassemblement des Républicains (RDR) et du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ancien président Henri Konan Bédié, le Président Ouattara a été réélu le 25 octobre 2015. Cette alliance susceptible d’aboutir à la mise en place d’un grand parti unifié dénommé, a été rompue à quelques mois des échéances électorales d’août 2018.
Après avoir annoncé dès le mois d’août 2018 qu’il souhaitait travailler à transférer démocratiquement le pouvoir à une nouvelle génération et en mars 2020, qu’il renonçait à briguer un nouveau mandat, le président Ouattara est néanmoins revenu sur sa décision à la suite de la disparition du candidat désigné du RHDP Amadou Gon Coulibaly.
L’annonce de sa candidature à l’élection du 31 octobre 2020 a exacerbé la tension au sein de la classe politique de l’opposition qui l’estime non-conforme à l’article 55 de la Constitution révisée en 2016.
Les autres points de crispation entre acteurs politiques ont concerné entres autres, la composition de la Commission Electorale Indépendante, le fichier électoral ou encore le système de parrainage.
Distingués invités, Mesdames et Messieurs,
L’ouverture des bureaux de vote s’est déroulée dans une atmosphère sereine et pacifique dans tous les bureaux de vote couverts.
Le matériel de campagne n’a été visible que dans 11% des cas. En revanche aucune activité de campagne n’a été constatée.
La présence des forces de sécurité était visible dans 50% des cas et est également apparue  professionnelle dans 50% des cas
Les observateurs de la MOEUA ont en revanche relevé que 57 % les bureaux de vote observés ont ouvert à l’heure réglementaire c’est-à-dire à 8h GMT. Le retard accusé par certains bureaux s’explique dans 60 % des cas par l’aménagement tardif des bureaux et au déploiement tardif du matériel électoral dans 20% des cas.
Cependant, le matériel électoral était au complet malgré le retard accusé dans son déploiement dans les bureaux observés.
La Mission a relevé que le personnel électoral identifiable par de chasubles aux couleurs nationales était présent dans près de 90% des bureaux couverts. Il a fait montre dans l’ensemble, d’une bonne maitrise des procédures d’ouverture du vote.
Les représentants des candidats ont été présents dans la plupart des bureaux couverts par les observateurs de la Mission avec une moyenne de deux représentants au moins par bureau de vote.  Toutefois, seuls les candidats Alassane Ouattara et Kouadio Konan Bertin ont été représentés.
La Mission estime que l’ouverture du scrutin a été satisfaisante dans 67% des bureaux observés.
La Mission déplore cependant, les intimidations dont a fait l’objet son équipe d’observateurs déployée à Yamoussoukro et qui l’ont contrainte à retourner précipitamment à Abidjan.
Sur l’accessibilité des bureaux de vote, la mission a noté que les lieux et bureaux de vote visités étaient localisés dans les écoles, et étaient facilement accessibles aux votants y compris les personnes vivant avec un handicap et les personnes âgées dans 58% des cas.
La Mission a noté que le vote dans les bureaux de vote observés s’est déroulé dans une atmosphère calme, sereine dans 97,5 % des cas. Les rares perturbations observées étaient liées à la mauvaise gestion des files d’attente dans près de 67% des cas ou à l’indiscipline de certains électeurs dans 33% des cas.
Les cartes d’électeur mises à la disposition des électeurs au niveau des bureaux de vote n’ont pas fait l’objet d’un retrait massif dans les bureaux couverts par les équipes de la mission.
La Mission a relevé que le scrutin s’est déroulé sans interruption dans 97,5% des bureaux couverts. Elle a noté que les présidents de bureaux de vote dans 95,5% des cas n’ont pas reçu de plaintes  formelles. Elle a également noté que la clôture du scrutin et le déroulement des opérations de dépouillement ont été satisfaisants dans 90% des bureaux couverts.
Excellences Mesdames et Messieurs
Au regard des observations précédentes qui sont développées dans le document qui sera mis à votre disposition au terme de mon propos introductif, la mission estime que le premier tour de l’élection du président de la République de Côte d’Ivoire s’est déroulé de manière globalement satisfaisante en dépit d’un contexte politique caractérisé par l’absence de consensus sur le processus conduisant à l’élection du 31 octobre 2020 entre les acteurs politiques. Il en a résulté un appel à la désobéissance civile et des actes de violences.
Dans l’objectif d’améliorer les processus politiques et électoraux futurs en République de Côte d’Ivoire, la MOEUA recommande :
Au Gouvernement :
– De prendre les mesures nécessaires afin de garantir l’inclusion et la participation citoyenne telles que réaffirmées par le communiqué adopté par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine lors de sa 869ème réunion tenue le 19 août 2019 sur les élections en Afrique ;
– Mettre en place un cadre de concertation entre les acteurs politiques et autres parties prenantes afin de créer et d’affermir un climat de confiance à même de garantir la paix et la stabilité en République de Côte d’Ivoire y compris par la réactivation des mécanismes de Réconciliation nationale ;
– Articuler et harmoniser le cadre législatif portant sur les élections ;
– Renforcer l’indépendance des organes de gestion des élections conformément à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ;
– Renforcer les capacités des organes de régulations des médias ;
– Renforcer la sécurité des populations en général en particulier celle des agents électoraux ;
– L’Union africaine déplore les actes de violence ayant occasionné des pertes en vies humaines et appelle le gouvernement à faire toute la lumière.
A la Commission Electorale Indépendante
– Renforcer les capacités des agents électoraux en vue  d’une meilleure maitrise des procédures de vote ;
– Poursuivre et renforcer l’éducation civique et électorale des populations ;
– Encourager la participation des femmes et des jeunes dans les processus électoraux ;
– Veiller au respect des mesures barrières de prévention de la COVID-19.
Aux partis politiques et aux candidats
– Renouer le dialogue, seule issue pour une paix durable et la préservation de la cohésion sociale ;
– Renforcer l’éducation civique et électorale de leurs militants et sympathisants ;
– Encourager la participation politique des femmes et des jeunes.
A la société civile
– S’engager dans l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes ;
–  Promouvoir les réseaux féminins de la société civile et les activités d’éducation civique et électorale ;
– Œuvrer au renforcement de la paix et de la cohésion sociale.
A la Communauté internationale
– Poursuivre ses efforts en vue d’aider les parties prenantes du processus électoral à renouer le dialogue ;
– Appuyer les initiatives visant au renforcement de la paix et de la cohésion sociale.
Je vous remercie de votre bienveillante attention.
Abidjan le 02 novembre 2020
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