Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé libres :La balle dans le camp de Ouattara

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Une nouvelle étape a été franchie dans la reconquête de la liberté par Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, objets, de procédure judicaire devant la Cour pénale internationale (CPI), depuis 2011.  La chambre d’appel de la CPI a accédé à la requête de la Défense, demandant la possibilité pour les accusés acquittés de se rendre dans leur pays en attendant l’issue de la procédure d’appel. Même si des conditionnalités existent encore, il est clair que c’est une avancée  notable sur le chemin de liberté.

L’on comprend aisément les réactions suscitées par cette nouvelle chez les partisans du président Gbagbo, à commencé par Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI). « En attendant de prendre connaissance de cette décision dans son intégralité et connaître toute sa portée, je voudrais déjà m’en féliciter. Même si notre souhait est qu’il n’y ait aucune condition à leur libération, il faut s’en féliciter et encourager la chambre d’appel à prendre acte tout simplement de leur acquittement. Les conditions ont été desserrées, c’est une bonne chose » a-t-il soutenu. Même son de cloche chez les dissidents. « La Cote d’Ivoire a besoin de paix pour son développement. Le signal que vient de donner la CPI est sans conteste une opportunité que le pouvoir devrait saisir pour rassembler effectivement toutes les filles et tous les fils de ce pays autour de la mère patrie. », a affirmé Assoa Adou.

Les autres acteurs politiques ne sont pas restés insensibles à la nouvelle. « Cet assouplissement de restrictions, qui nous confirme leur libération, tant attendue et longtemps espérée, est un moment de bonheur pour la majorité des Ivoiriennes, Ivoiriens et des démocrates du monde entier. Chères Ivoiriennes et chers Ivoiriens, savourons collectivement et dans la paix cette joie immense, car nous tenons, désormais, l’une des clés de notre réconciliation nationale. Je voudrais, en mon nom personnel, du PDCI-RDA et celui de tous les présidents des partis membres de la CDRP, souhaiter un bon retour en Côte d’Ivoire au président Laurent Gbagbo et au président Charles Blé Goudé », dira Henri Konan Bédié.

Au regard des procédures de la Cour pénale internationale, la Côte d’Ivoire en tant qu’Etat partie a un rôle à jouer dans le retour au bercail de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Lorsque les accusés, conformément à la décision, feront la requête  de rejoindre leur pays, il reviendra à la cour de donner son accord. Un accord fondé sur les discussions avec les autorités ivoiriennes. Autrement dit, la cour s’assurera si la Côte d’Ivoire est prête à accueillir Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Du point de vue politique, le gouvernement ivoirien a tout intérêt à saisir cette perche pour créer les conditions d’un climat apaisé en vue de la tenue d’élections apaisées. A cinq mois des présidentielles, c’est un secret de polichinelle que l’atmosphère est tendue entre l’opposition et le pouvoir sur les conditions du scrutin. Du coup l’on se remémore des élections de 2010 qui ont débouché sur une crise- post électorale qui a fait plus de 3000 morts. En faisant revenir Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé au pays, le gouvernement se donne des chances réelles pour conjurer le mauvais sort. Car en réalité, depuis l’éloignement de ces deux Ivoiriens, en 2011, la paix n’est pas réelle en Côte d’Ivoire.

A cet égard, le passé récent de la Côte d’Ivoire est évocateur ! En 2000, lorsque Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir dans des conditions « calamiteuses », il créé les conditions qui ont permis d’apaiser la situation. Il a initié un forum de la réconciliation nationale qui a permis le retour en Côte d’Ivoire de l’ancien président Henri Konan Bédié, en exil en France depuis le coup d’Etat du 24 décembre 1999. Le chef de l’ex-junte militaire au pouvoir Robert Guéi, retranché chez lui à l’ouest, est revenu dans la République pour dire sa part de vérité. Tout comme Alassane Ouattara s’est exprimé sur son problème de nationalité. D’une situation explosive, la Côte d’Ivoire a basculé dans climat de paix qui a évolué plus tard.

L’instauration d’un climat stable pour des élections apaisées en 2020 commande également que l’on se penche sur l’affaire Soro. Contraint à l’exil, l’ancien président de l’Assemblée nationale a ses proches détenus dans les prisons. Cette situation est également source de tensions susceptibles de menacer les consultations électorales à venir.

En décidant de ne pas se porter candidat, Alassane Ouattara a sans doute pris une décision importante. Il gagnerait à pousser le bouchon plus loin en favorisant le retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé au pays.

César Ebrokié

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