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Liberté conditionnelle de Gbagbo et Blé Goudé /Pascal Affi N’Guessan : « Nous allons agir pour que Ouattara révise sa position »

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Rencontrant Charles Blé Goudé en marge de l’audience en appel, Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI) a délivré un message dans lequel il a dit son amertume par rapport à l’attitude du régime Ouattara en  faveur du maintient des deux personnes acquittés, en liberté conditionnelle.  

Je voudrais vous dire merci pour votre solidarité ; pour votre confiance en l’homme, pour tout ce que vous avez fait de sorte qu’aujourd’hui, nous puisons nous retrouver. Après cela, dire Yako à Charles, mais aussi félicitations. Parce que dans l’évolution d’une Nation, il y a ceux qui font l’histoire, ceux qui marquent l’histoire, ceux qui font avancer, ceux qui contribuent à formater les consciences, ceux qui contribuent à donner une identité au pays, à donner une âme. Une communauté une ne nait pas sans épreuve. Une  communauté ne construit pas un ensemble de valeurs sans difficultés. Nous sommes en Europe et l’histoire de l’Europe l’illustre. Mais nous venons de Côte d’Ivoire. Et l’histoire de Côte d’Ivoire le mentionne. Nous sommes les héritiers d’une chaîne d’Ivoiriens qui ont subi ces épreuves pour que la Côte d’Ivoire soit aujourd’hui, ce qu’elle est. Nous nous prenons le relais pour faire en sorte que demain la Côte d’Ivoire soit une grande Nation. Nous sommes affligés. Nous pouvons même pleurer mais nous devons être conscients de la mission, que je dirais le destin que l’histoire de la Côte d’Ivoire nous confie. C’est pourquoi nous pleurons, mais en même temps nous savons  dans quoi s’inscrit l’histoire que nous vivons aujourd’hui. Quand ici à La Haye toutes les télévisions du monde sont braquées sur les audiences depuis 2013, et depuis 2011 en ce qui concerne le président Gbagbo, je dis voici des hommes qui s’inscrivent dans la lignée. Blé vient du pays bété, il connait l’histoire de Zoukou Gbeuli. Nous, nous venons du pays agni, il y a eu des patriotes qui ont été déportés au nom de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Ils sont morts en exil pour certains. D’autres y sont restés pendant dix ans parce qu’ils ont osé se dresser contre la colonisation. Parce qu’ils ont osé se dresser pour la dignité de l’Afrique. Je crois que nous sommes dans la même dynamique. Rien n’a changé. Ce sont les hommes qui changent. Ce sont les circonstances qui ont changé mais c’est le même combat pour la dignité africaine que nous menons tous et qu’aujourd’hui Blé Goudé Charles et le président Laurent Gbagbo incarnent dans cette confrontation face à la justice international. C’est pourquoi nous sommes à la fois meurtris et fiers. Et la décision d’acquittement qui a été rendue cette année, nous rend encore fiers. Parce que cela signifie qu’au-delà de tous les complots qui ont pu être tramés contre l’Afrique, parce qu’il ne faut pas voir Blé Goudé et Gbagbo en tant qu’instant qu’individus. C’est l’idéal qu’ils  portent, les valeurs qu’ils défendent qui sont en jeux. Et ce sont ces valeurs qui ont triomphé au cours de ce procès. C’est pourquoi, à Abidjan, nous disons toujours à ceux qui essaient de faire traîner les choses qu’il faut savoir être beau joueur. Lorsqu’on s’est mis au service d’une cause qu’on a perdu, il faut savoir reconnaître qu’on a perdu ; il faut savoir reconnaître la victoire de l’autre. Parce que l’essentiel, c’est la décision de l’acquittement.

Tout ce que à quoi nous avons assisté le 6 février, c’est de la distraction. Ça n’apportera rien de plus à la victoire de l’acquittement ; à la victoire de la justice, à la victoire de la vérité ; à la victoire de la dignité.  Et je le dis souvent, c’est même une façon d’embellir cette victoire que de tenter de faire distraction. Nous ne pouvions pas ne pas être témoin de cette histoire. C’est pourquoi depuis toujours, nous avons souhaité être là. Mais comme Charles l’a dit, il y a toujours un temps pour chaque chose. Et je crois que le destin a voulu que ce soit au moment où ce mélodrame va prendre fin que nous soyons là pour être associé à cette victoire de l’Afrique. Personnellement je voudrais m’en réjouir. C’est pourquoi, je vous ai salué. Je considère que vous être les principaux acteurs de tout ce qui va arriver à l’issue de cette dernière phase du procès. Je voudrais dire merci aux uns et autres. Je voudrais dire toute mon admiration à Charles Blé Goudé, lui dire tous mes encouragements. Et souhaiter que dans les jours à venir nous puissions nous retrouver à Abidjan pour poursuivre la lutte. Parce qu’au delà de ce qui va se passer ici, il y a l’avenir du pays qu’il faut construire. La réconciliation, l’unité nationale.   Je dirai la lutte contre la pauvreté qui gangrène notre société. Il y a beaucoup de travail à faire. La construction de la démocratie, la promotion des libertés. Ça fait dix ans que vous êtes ici pratiquement, mais c’est dix ans de souffrance pour nos compatriotes, ceux qui sont restés à Abidjan. Cela fait dix que ce procès se poursuit, mais ce sont dix ans d’amertumes, dix d’affliction pour les Ivoiriens, dix ans d’incertitudes. Et en cette 2020, les Ivoiriens rêvent d’une Côte d’Ivoire réconciliée, d’une Côte d’Ivoire où tous ses fils et filles se sont retrouvés pour se parler. C’est pour cela que nous avons toujours appelé à la réconciliation. C’est vrai que le combat que nous avons mené depuis que je suis sorti n’a pas été facile. Parce que lorsque vous sortez d’une crise comme celle-là, il y a les meurtrissures, les frustrations, les douleurs de toutes sortes, douleurs des veuves qui ont perdu leurs maris dans la guerre. Ceux qui ont perdu leurs femmes ou ceux qui ont perdu leurs enfants qui sont disparus. Ceux qui voient leurs enfants qui sont en prison, lorsque vous êtes à la tête, il faut faire face à tout cela mais en même temps ouvrir des perspectives. Et ce n’est jamais facile. Ce n’est jamais facile d’appeler à la raison. D’appeler à un sursaut. Parce que les cœurs saignent et c’est avec tout ce monde qu’il faut construire, sinon qu’il faut dépasser la crise. Ce n’est jamais facile de trouver un compromis ; de trouver un consensus. Ce n’est jamais facile de mobiliser tout le monde autour d’une voix. Et c’est la situation que nous avons connu.

Si vous avez entendu parler de la division au sein du FPI. C’était lié à ça. Ce sont les conséquences de la crise ; les conséquences des meurtrissures des uns et des autres. Comment amener les gens à comprendre que dans le contexte que où nous nous trouvions, c’est vrai nous sommes dans les magnans, mais il faut qu’on avance. C’est vrai nous souffrons, mais ce n’est pas facile.

Ces dernières années, le parti a été malmené autour de ces meurtrissures. Mais comme Charles l’a dit, il y a un temps pour tout. Il y a un temps pour pleurer, il y a un temps pour les lamentations, il y a un temps aussi parce que l’avenir du pays l’exige, pour s’élever, pour faire un effort, pour dépasser ses meurtrissures et pour essayer de regarder l’avenir. Pour penser à ceux qui sont encore vivant, pour penser à ceux qui sont encore en prison qu’il faut sortir, qui sont encore en exil à qui il faut ouvrir la voie du pays, à ceux qui sont le pays qu’il faut rassembler. Il faut unir parce que nous ne seront jamais une grande Nation si nous n’avons pas l’unité nationale, si nous n’avons pas la réconciliation nationale. Nous ne pourrons pas tirer profit de nos potentialités, nous ne pourrons pas faire face à l’avenir de nos enfants, de nos petits enfants, si nous ne construisons pas une grande Nation, dans la tolérance, dans le dépassement des conflits du passé. Je crois qu’aujourd’hui, ce que nous vivons au FPI présage de ce que nous allons vivre au niveau de toute la Côte d’Ivoire. Un peuple rassemblé, un peuple réconcilié.

Déjà, je voulais vous annoncer que j’ai demandé à rencontrer le chef de l’Etat. J’ai été toujours meurtri par la posture qu’il a adoptée face à cette crise, au-delà de ce qui s’est passé en 2010-2011. J’ai souhaité et espérer qu’il saurait s’élever au dessus de tout ça.  Qu’il comprendrait que s’il s’est retrouvé là contre nous notre volonté, il avait quand même un devoir de réconciliation. Il avait un devoir de faciliter la résolution de la crise. Malheureusement, jusqu’à présent, nous n’avons pas senti cela. Et personnellement, j’ai été meurtri de l’initiative même du gouvernement de venir jusqu’ici demander que le président Laurent Gbagbo et Charles Blé reste en liberté sous condition. C’est une situation que je ne peux accepter. Et c’est pourquoi j’ai demandé à le rencontrer. Il a répondu pour dire qu’étant donné qu’il est Addis-Abeba, son vice-président me recevrait jeudi prochain. Je vais poser le problème. Parce qu’il nous appartient, nous que Dieu a permis de rester en liberté de trouver une issue à cela. On ne peut pas accepter que le gouvernement de Côte d’Ivoire demande, face à la communauté internationale, face à l’histoire de la Côte d’Ivoire que des dignes fils de ce pays  quelques soit ce qui s’est passé en 2010 -2011, restent pratiquement dans les liens de la détention. On ne peut pas accepter cela, il faut Ouattara le comprenne. Nous allons le dire. Au-delà de ce qui s’est passé, je crois que c’est le spectacle qu’on voulait offrir à la communauté internationale, mais ce n’est pas là que se trouve la solution de la Côte d’Ivoire. Et nous allons agir pour que Ouattara révise sa position.  Pour que Ouattara comprenne que la Côte d’Ivoire n’est pas un bien privé. C’est une Nation. Et que pour l’intérêt de cette Nation, les volontés personnelles doivent se plier au profit de la volonté générale. Et que la volonté générale aujourd’hui en Côte d’Ivoire est qu’on tourne la page de ce qui s’est passé en 2010-2011. Que la réconciliation nationale soit une réalité. Que les fils et les filles de ce pays se retrouvent au-delà de leurs diversités ethniques, régionales, religieuses. Parce que nous ne pouvons pas tolérer de rester à la traîne pendant que les autres construisent.

La Côte d’Ivoire est un grand pays en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui tous les pays de cette sous-région comprennent qu’ils auraient du ne pas s’impliquer dans la crise ivoirienne, ne pas favoriser la rébellion ivoirienne. Regardez ce qui se passe au Mali, regardez ce qui se passe au Burkina ; ce qui se passe au Bénin, au Niger. Quel est le bouclier à cette dérive Djhiadiste qui est en train de défrayer la chronique en Afrique de l’ouest ?  Quel est le pays qui peut sauver cette situation ? La Côte d’Ivoire. Mais comment la Côte d’Ivoire peut-elle être le bouclier, peut faire reculer le Djhadisme, si elle-même ne met pas fin à sa crise interne. Ne construit pas son unité interne. Ne prend pas toutes les dispositions pour pouvoir bâtir le plus rapidement possible un grand pays solide, capable d’aider tous ceux qui sont au Nord de la Côte d’Ivoire  à faire face à l’instabilité, à ces dizaines de morts qu’on enregistre tous les jours. C’est pour cela que nous ne devons pas permettre à qui que ce soit de ne pas donner cette chance à la fois à la Nation ivoirienne, mais surtout à toute la sous-région ouest-africaine. Sachez que nous continuons de travailler au- delà de toutes les adversités. Parce que quand nous nous sommes engagés en politique, nous savions que nous avions fait don à la Côte d’Ivoire de notre personne, de notre énergie, de nos compétences, de tout ce que nous avons. Tout comme ici, vous avez fait don de votre personne. Nous sommes dans ce combat et j’espère que très rapidement, nous allons nous retrouvés pour que la voix de l’unité nationale soit plus forte. Que la voix de toutes les avaleurs que nous portons soient plus forte et que la Côte d’Ivoire le plus rapidement possible mette fin à tous les démons de la division, de la violence de la guerre, de la désunion pour la grande Nation que notre hymne nationale proclame ; qui va être une espérance pour toute la région et pour toute l’humanité. En tout cas encore une fois, félicitation pour tout le combat que tu as mené ici. Félicité pour la vigueur et la vitalité que je note sur ton visage. Que Dieu nous bénisse pour que la Côte d’Ivoire retrouve tous ses fils dans les meilleurs délais.

Propos retranscrits par César Ebrokié

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