Politiques d’adéquation formation-emploi : Le RHDP, le PDCI et le Cap-UDD affrontent leurs programmes de société

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La 3ème édition du Programme «Au cœur du débat», initiative de la Friedrich-Ebert-Stiftung, la Konrad-Adenauer-Stiftung et la Friedrich Naumann, les trois fondations politiques allemandes en Côte d’Ivoire, comme les éditions du 10 septembre et du 25 novembre 2019, ont encore tenu toutes ses promesses. Organisée autour du thème : «Quelle politique pour une meilleure adéquation formation-emploi ?», le mardi 10 mars dernier, à l’Hôtel Tiama, à Abidjan-Plateau, elle a mis aux prises Dr. Brice Kouassi, secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, pour le compte du Rhdp au pouvoir, le préfet hors hiérarchie Gervais Coulibaly, président de Cap-Unir pour la démocratie et le développement (Cap-Udd) et Dr. Daouda Gba, secrétaire exécutif du Pdci-Rda chargé de l’Insertion professionnelle des jeunes. Dans une salle archicomble d’invités parmi lesquels de nombreux étudiants. Et l’ambiance, bon enfant.

«La fondation Friedrich Naumann qui est une fondation libérale, la fondation Friedrich Ebert qui est une fondation socio-démocrate et la fondation Konrad Adenauer qui est une fondation conservatrice, ont souhaité ce débat politique entre ces hauts représentants de partis politiques sur cette thématique choisie afin de favoriser le dialogue en vue de stimuler l’esprit démocratique en Côte d’Ivoire. Mais aussi afin de comprendre les programmes de société entre les différents partis autour des thématiques abordées», justifiera Mme Sophie Konaté, cheffe de Bureau de la Fondation Friedrich Naumann.

Et s’appuyant sur le rapport de l’état du système éducatif de 2013, elle a expliqué qu’en Côte d’Ivoire, seulement 6% des apprenants suivent un cursus technique et professionnel et que le nombre de sortants du système éducatif est plus de 3 fois supérieur à la capacité d’accueil annuel de l’économie. Au niveau des diplômés du supérieur, fera-t-elle observer, les sortants sont 5 fois plus nombreux que le nombre d’emplois offerts. Selon Mme Konaté, des milliers de jeunes sortent des universités et des grandes écoles avec des Masters et des BTS débouchant sur peu d’opportunités professionnelles.

Absence totale de concertation

«Il y a une inadéquation entre, d’un côté, la production des compétences par le système de formation professionnelle et, de l’autre, les réalités du marché du travail et des compétences nécessaires à l’économie ivoirienne. C’est un constat qui est fait et qui est soutenu par de multiples rapports. Nous avons en Côte d’Ivoire un réel problème d’inadéquation formation-emploi», a noté la représentante-résidente de la fondation Friedrich Naumann.

L’experte Eugénie Kassié Attéa ne dira pas le contraire: «Inadéquation criante entre les formations dispensées dans les écoles et les emplois proposés dans le secteur productif. Mauvaise qualité de la formation constatée, décriée et subie par les entreprises. Faible implication du secteur privée dans la définition des programmes de formation. Du coup, le système éducatif ne connaît pas l’entreprise encore moins ses besoins et l’entreprise constate, au moment du recrutement, que ses besoins n’ont pas été pris en compte par le système éducatif qui l’ignore. Une absence du dialogue entre l’école et l’entreprise. Absence totale du cadre de concertation et du dialogue». Elle dira alors que face à cette situation, l’Etat a lancé, depuis 2009, la réforme de tout le système de l’éducation et de la formation professionnelle.

Pour Dr. Brice Kouassi, ce débat est donc le bien venu pour permettre aux politiques «d’imaginer des analyses des solutions durables pour atteindre les résultats probants que nous recherchons pour l’insertion de la jeunesse»«La situation paraît aujourd’hui dramatique pour la simple raison que nous nous retrouvons chaque année avec des diplômés. Pas parce que notre système éducatif n’est pas performant. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que l’école ivoirienne est sinistrée… Pour nous, intellectuels, il n’est pas vraiment opérant de dire que les diplômés qui sortent de nos universités, de nos écoles, aujourd’hui, ne sont pas bien formés… Le but de la réforme initiée en 2009 était de faire en sorte qu’on puisse revoir tous les curricula et créer des filières en tenant compte des évolutions du marché et des évolutions technologiques. Et ce travail a été bien mené», a-t-il fait savoir. Le secrétaire d’Etat ivoirien répondait ainsi à Dr. Daouda Gba pour qui l’école est sinistrée.

 Changer de paradigme

En effet, selon le représentant du Pdci-Rda, si 40 ans après l’exploitation du concept de l’adéquation formation-emploi, on continue à tourner dans la problématique de l’adéquation formation-emploi avec toute la gymnastique intellectuelle, c’est parce que quelque part, il y a des démissions. «Le Pdci dit qu’il faut aujourd’hui changer les paradigmes. Il faut mettre en place une nouvelle approche par modélisation… Le Pdci propose maintenant l’adéquation emploi-formation, c’est-à-dire que ce n’est plus la formation qui va s’adapter à l’entreprise, mais c’est l’entreprise qui doit venir s’adapter à la formation. Parce que l’école doit être en avance sur l’entreprise. L’Etat a des responsabilités, l’Etat doit pouvoir acheter les matériel didactique, les outils, les machines-outils qui sont de pointe. On dirait que c’est un rêve, mais quand on veut réussir, il faut rêver», a suggéré Dr. Daouda Gba.

Gervais Coulibaly constatera que l’Etat de Côte d’Ivoire continue de privilégier la formation d’élites au détriment de la classe moyenne. Et que face à la démographie galopante, il lui a manqué un travail d’adaptation de son système éducatif. «Je ne jette la pierre à personne. Au départ, on avait besoin de beaucoup commis. On avait besoin du secteur tertiaire. On vendait nos produits agricoles sans trop les transformer, mais à un moment donné, il faut évoluer avec son temps. Moi, par exemple, je ne suis pas encore allé à la retraite et les autres arrivent. On ne peut pas créer 200.000 postes de préfets. Il faut ouvrir d’autres voies. Il faut arrêter d’attendre que l’Etat recrute et créer des emplois. Il faut arrêter de regarder la classe d’élites et créer la classe moyenne», soutiendra le président de Cap-Udd.

L’un des invités, Dr. Eddy Brice Gnapia de l’INPHB, spécialiste, entre autres qualifications professionnelles, de questions d’éducation-formation-emploi, intervenait de temps à autre en qualité d’expert pour recadrer les débatteurs.

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

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