Amy Bamba

Portrait-scène : Amy Bamba ou le chœur de la musique africaine

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Et si l’on osait la déclamer, une  poésie de micro, dans le courant d’une écoute individuelle ou  à plusieurs ? Amy est encore élève. Un jour, un «Vieux père» de quartier la prend par les bras et lui dit : «Viens avec moi ma petite, aujourd’hui on y va !». Et Amy Bamba part pour l’audition organisée par Abou Bass et Don Guy pour le compte de Reggae New System, une jeune formation qui se prépare pour le concours national d’orchestre télévisé, Podium. C’était en 1985.

«C’est bizarre. Ce jour-là, je me découvre devant une quarantaine de filles, toutes candidates comme moi. Au moment où je fais mon entrée dans la salle de répétition, tout le monde sort. Du coup, je me sens vexée. C’est encore plus difficile pour moi car c’est la première fois que je tiens un micro. Mais je me mets quand même à chanter. Lorsque je fredonne «I wassado» de Nayanka Bell, à la fin de l’exercice, tout le monde saute de joie en disant : «C’est celle-là qu’il nous faut». Et comme, il fallait retenir dans le groupe une seule fille, c’est sur moi que le choix de l’orchestre se porte.» Et voilà la toute petite, ravissante et  frêle Amy Bamba retenue pour Podium !

Un autre coup du sort. Pendant les répétitions avec le Reggae New System, la chanteuse principale Ory Mathilde qui interprète le titre imposée «Elections » tombe malade. Elle est atteinte d’une grippe. La choriste Amy Bamba est appelée en pompier pour la répétition du jour, le temps que Mathilde recouvre la santé. Mais les musiciens, dans leur ensemble, n’attendrons pas sa guérison. De manière unanime, ils plébiscitent la recrue Amy car cette dernière vient de faire ses preuves. Les carottes sont cuites pour Mathilde qui, après sa guérison, ne retrouvera plus le micro au sein de la formation. Amy, la nouvelle chanteuse, va à Podium avec le Reggae New System. Affaire conclue. Elle interprétera principalement «Elections».

«Une femme qui chante est celle qui s’expose»

Un jour, le présentateur de l’émission, Roger Fulgeance Kassi (RFK), connu pour son professionnalisme pointu, reçoit le groupe dans la cours de la Rti, à Cocody, où sont organisées les manches de présélection. Les choses se passent très bien pour le Reggae New System qui obtient son visa pour la finale de Podium 85 qu’il remportera d’ailleurs avec brio.

Le soleil se lève, une nouvelle aventure commence. Après la fête de la victoire, tout le monde reprend le chemin des répétitions car le groupe, du coup sollicité de partout, doit animer des soirées, des cérémonies. Le hic, c’est que tous les membres du groupe sont encore sur les bancs. Amy, ancienne joueuse de handball à Africa Sport d’Abidjan, est maintenant inscrite à l’Institut de beauté abidjanaise (Iba), à Cocody-Deux Plateaux. La seule question qui la préoccupe, est de finir sa formation pour travailler tout de suite afin de cesser d’être à la charge de ses parents. Entretemps, elle a pris goût à la musique et brûle d’envie de continuer la profession à l’ombre de vrais professionnels.

C’est dans ces moments de doute que le reggaeman Alpha Blondy et groupe de paysans-musicien Woya apparaissent dans sa vie. Les deux la sollicitent en 1986. Mais la pulpeuse Amy donne sa main en mariage à Woya. La raison est simple comme de l’eau à boire. «Woya composé de jeunes musicien, ça va être plus simple d’aller apprendre auprès de Marcellin Yacé, Marino, David Tayaurault et leurs copains avec qui je partage un rêve, je veux pas brûler les étapes. Concernant Alpha, je ne me sens pas encore prête pour une aventure avec cette méga star». Et voilà Amy partagée entre le champ et le chant au sein des Woya de Konian François, le podium et la terre, à Divo, à 200 km d’Abidjan. «François Konian (paix à son âme) a toujours voulu que l’artiste soit l’artiste sans oublier qu’il reste un être humain. C’est-à-dire qu’il y a deux choses : avoir les épaules très élevées et avoir les épaules très baissées, rester humble même si tu est un grand artiste. C’est avec lui, que j’ai appris cela », retient Amy qui passe un an avec les Woya, non sans y laisser de traces. «On fait l’album «Êwê» qui m’emmène pour la première fois à Paris. Je précise que j’interviens sur le titre «Café Douflé» en compagnie des Marino, David Tayaurault, César, Billy…

Après donc ses 12 mois d’apprentissage avec Woya ayant duré de 1986 à 1987, Amy Bamba prête son gracieux visage à des annonceurs dans le domaine de la publicité. Dans le même temps, la choriste passe de studio  en studio comme un requin de race. C’est dans cette fraicheur des enregistrements qu’elle fait la connaissance du musicien-arrangeur malien, Boncana Maïga, avec qui la choriste apprend des clés du métier.

  1. Alpha Blondy se remet à courtiser Amy Bamba. Cette fois-ci, la choriste ne lui casse pas le coup, son cœur est pris. Le reggaeman rentre dans le Solar System avec Amy Bamba comme un trophée de guerre. Le mariage est scellé. «J’arrive dans le Solar System très confiante. D’ailleurs, Fulgence Kassy qui était un des intimes d’Alpha lui avait déjà conseillé avec insistance de me recruter».

Au Solar System, il n’existe qu’un seul chanteur. Il se nomme Alpha Blondy. Amy Bamba entre dans l’orchestre comme choriste. Elle y retrouve, dans le même rôle, Jacqueline Babo et Angéline Koffi. En 1992, Amy Bamba marque un break avec Alpha Blondy qui sort entretemps « Massada », avant de faire rentrer sa voix suave dans le système, entre 1993 et 1994, pour l’enregistrement de l’album «Dieu». Si la choriste n’a pas souvenance du nombre d’albums qu’elle a enregistré avec le Bob Marley ivoirien aux cheveux grisonnants, elle soutient que l’œuvre d’Alpha  sortie en 2014 en reste l’unique  du genre qui ne porte pas sa voix depuis son intégration au Solar System.

Après de longues années passées à faire le tour du monde et de studios avec Alpha Blondy, Amy Bamba dit « merci» à Dieu. «Il n’était pas obligé de me garder pendant si longtemps. Il y a plein de choristes dans le monde et en Côte d’Ivoire. Il aurait pu me laisser de côté et solliciter leurs services pour continuer sa carrière. J’ai travaillé avec lui et j’ai mérité mon salaire. Malgré tout ça, je lui dis merci».

Plus de deux décennies de collaboration d’une choriste africaine avec un musicien, cela n’arrive pas souvent et ne s’explique, comme l’enseigne Amy Bamba du haut de son 1m72 pour 85 Kg, nullement par la prise de la grosse tête. «Pour moi, Alpha Blondy est un modèle parti de rien du tout. Je crois qu’il le reconnait lui-même. Il n’a pas envie de retourner du côté de Bramakoté, il continue de se battre pour rester du côté de Cocody-Riviera. Il ne faut pas que les gens comprennent cela dans le sens négatif. Bien au contraire. C’est tout juste pour donner espoir à tous pour toute évolution. Pour moi, il m’a gardée pour mon travail et la complicité, la familiarité qui s’est créé entre nous. C’est quand même à lui que m’a confiée mon père qui ne voulait d’ailleurs pas du tout que je chante. Il se fondait sur sa foi musulmane, selon laquelle, la femme qui chante est celle qui s’expose» à tout.

Etre choriste, un métier  

Ce qui ne veut nullement dire qu’elle ignore où elle va. « Une ou un bon choriste c’est d’abord une personne qui connaît les différentes voix, les tonalités, les harmonies, (la pédale et l’octave). Ensuite, cette personne doit savoir écouter les autres, d’autant qu’être choriste, c’est d’abord un travail d’équipe, avec à la base, 3 personnes. A cette fondamentale, s’ajoutent la tierce et la quinte, voire les chorales et les ensembles philharmoniques où ça peut aller jusqu’à 100 choristes. C’est un travail d’équipe car il faut savoir entendre les autres choristes et les musiciens qui jouent afin de doser la voix pour que l’ensemble soit agréable à l’oreille, ce qui est le but recherché. En somme,  être choriste est un métier. A toute cette connaissance, on peut ajouter notre comportement (la courtoisie et les bonnes manières), notre facilité d’écoute ou la radicale dans la voix et les notes puisqu’il faut  savoir chanter juste», dit-elle en bonne pédagogue, sans prétendre avoir l’opinion de connaître plus que les autres.

 

Plus besoin de pecto de d’autrui

 

Loin de se faire une loi de parler de vive voix, elle s’en fait une de ne pas rester muette, face aux lignes qui bougent aujourd’hui. «Au Bureau ivoirien du droit d’auteur, (Burida), on a désormais les droits voisins qui permettent de toucher des parts en tant qu’interprète car tout chanteur est interprète de ses propres chansons. C’est une très bonne chose que les choristes qui, quelque part, sont aussi des assistantes accompagnatrices, puissent toucher des droits et vivre de leur métier. En effet, souvent, pendant les séances en studio, elles aident les chanteurs en composant de jolies chœurs pour leurs albums. Malheureusement ces derniers ne sont pas assez professionnels et humains pour leur céder ces droits-là qui normalement, sont les fruits de leurs compositions. Des droits que les choristes n’osent pas réclamer de peur de ne plus être rappelés par le chanteur, et ça reste comme ça. Je sais de quoi je parle, je l’ai vécu et c’est triste. Moi, j’ai eu la chance  d’évoluer véritablement en Europe et dans certaines autres parties du monde.  Là-bas, ça ne rigole pas avec les droits. Quand tu es un artiste et que tu cumules la Sacem, la Spedidam, l’Adami et tes spectacles, tu n’as pas besoin de Pecto (marque d’un bonbon) de quelqu’un. Donc j’espère que le Burida qui a mis en marche les droits voisins va penser très vite aussi aux droits des comédiens et des acteurs. C’est tellement beau, soulageant et agréable de voir que chacun a son propre Pecto ». C’est un rêve !

Salif Kéita, Youssou Ndour, Ray Lema, Les Frères Touré Kunda, Aïcha Koné, Meiway et bien sûr Boncana Maïga, ainsi qu’Alpha Blondy, pour ne citer que ceux-là, sont les grandes figures de la musique africaine et mondiale à qui Amy Bamba continue de prêter sa souplesse vocale. Et qui, d’une manière ou d’une autre, contribuent à renforcer ses talents de choriste à laquelle elle a décidé de donner une brillance particulière, avec désormais sa propre formation baptisée The New System et des ambitions légitimes. Depuis 2013, en effet, l’artiste mère d’un enfant, a sur le marché «1ère Cuisine», le premier opus de sa carrière d’auteure-compositrice interprète, à travers lequel elle enfile le plumage de rossignol au barreau des voix féminines d’Afrique, sur fond de partage de ses grosses expériences acquises ici et là.

Schadé ADédé

schadeci@yahoo.fr

 

 

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