Rodrigue Abel Ouakiri (Club Ami de la Chine): « Nous avons conduit les Ivoiriens à s’intéresser davantage à la Chine »

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Président fondateur du club Ami de la Chine, Abel Ouakiri se prononce ici sur l’état de la coopération entre la Côte d’Ivoire et la première population mondiale. Il met en lumière ses initiatives et fait des propositions pour une amélioration de la coopération.   

Notre Voie : Quel est votre regard sur les liens entre les peuples ivoiriens et Chinois ?

Rodrigue Abel Ouakiri: Un regard positif. La Chine et la Côte d’Ivoire se rapprochent davantage. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été établies le 2 mars 1983. Et de cette date à aujourd’hui, je peux dire que les liens n’ont cessé de se renforcer. En témoigne, la présence chinoise en Côte d’Ivoire.  Nous plaidons pour une coopération plus accrue parce que nous estimons que nous avons beaucoup à apprendre la Chine.

De façon concrète que recouvre le renforcement accrue de la coopération bilatérale ?

Au niveau étatique, nous bénéficions de l’aide chinoise. Les chantiers sont là qui en témoignent ! Le barrage de Soubré, l’autoroute de Bassam, l’adduction d’eau de Bonoua, l’hôpital de Gagnoa, le stade olympique d’Ebimpé, l’hôtel des parlementaires de Yamoussoukro pour ne citer que ceux-là. Un fait important à souligner, le soutien de Chine à l’Etat ivoirien après la crise qui a secoué le pays. Ne dit-on pas qu’un ami, c’est celui qui t’apporte son soutien pendant les moments difficiles. Le club Amis de la Chine, la structure que je dirige a été créée dans ce sens. Par nos actions, nos avons emmené les Ivoiriens à s’intéresser davantage de la Chine. D’autres structures nous ont emboîté le pas, et je crois que nous avons bien fait. Le renforcement accru de la coopération bilatérale s’apprécie aussi à travers les voyages d’affaires. Dieu seul sait combien, il y en a eu, aussi bien en Chine qu’en Côte d’Ivoire.

 Quels sont les autres aspects du rapprochement ?

Il y a des structures qui encouragent l’apprentissage de la langue chinoise. Le club Ami de la Chine intervient aussi dans ce sens. Nous avons crée les « Géni de la Chine » pour inciter les élèves à connaître davantage le pays. Dans le domaine de l’habitat une initiative a été organisée pour permettre aux Ivoiriens de s’inspirer de l’exemple du logement dans ce pays.  Vous savez que la Côte d’Ivoire est un pays agricole. L’association PKD (Pierre Koffi Djemé) a organisé des rencontres pour permettre aux paysans ivoiriens de se familiariser avec les techniques modernes agricoles chinoises. On peut citer d’autres structures qui interviennent dans d’autres secteurs tels, Les « Enseignants amis de la Chine », le Conija etc… Toutes ces initiatives sont les bien venus parce que vous savez, ce pays fait plus de 9 millions de kilomètres carrés, donc 30 fois la Côte d’Ivoire. D’où la nécessité de la pluralité d’actions pour impacter.

Quels sont aujourd’hui, les défis de la coopération

Je pense qu’il faut agir sur le levier de la communication. Nous avons été colonisés par la France. Il n’est point besoin de dire ici le poids de la France dans la société ivoirienne.  Pour rapprocher davantage les Ivoiriens et les Chinois, il va falloir davantage amener les Ivoiriens à épouser la philosophie de la culture chinoise qui est basé sur l’amour du travail. Il faut promouvoir la langue pour briser les barrières linguistiques. Enseigner aussi l’histoire pour que les gens sachent d’où est parti ce pays pour être là où il est aujourd’hui. Tout ce travail ne peut faire que par la communication.

N’êtes vous pas là en train de prôner une colonisation chinoise ?

La colonisation, c’est lorsque l’on vient vous imposer des choses. Ici, nous disons qu’il faut copier ce qui est bon chez l’autre et qui peut nous être utile. Tout comme les Japonais  l’ont fait avec les Américains pour être là où ils sont aujourd’hui. Ce n’est pas les Chinois qui viendront planter le riz à la place des Ivoiriens. Si nous faisons comme eux, nous ferons nous-mêmes nos travaux.

Que faites-vous pour valoriser notre savoir-faire auprès des chinois ?

C’est effectivement l’un des challenges du club Ami de la Chine. Si nous réussissons à imposer par exemple l’Attiéké sur le marché chinois, vous imaginez ce que cela aura comme retombés pour notre économie. C’est pareil pour le café et le cacao qui sont les deux mamelles de notre économie. Nous travaillons à faire connaître les produits made in Côte d’Ivoire pour favoriser leur commercialisation sur ce vaste marché.

Comment y arriver ?

Au risque de me répéter, le développement de la coopération peut être bénéfique à plusieurs égards pour la Côte d’Ivoire. Je vous ai parlé des potentialités au niveau commercial, mais il y a la médecine qui peut être d’un apport incommensurable. Ce pays a une connaissance, un savoir-faire dans le domaine qui peut permettre aux Ivoiriens subvenir aisément à leurs problèmes de santé. Au-delà de la santé, il y a la question de l’alimentation qui peut nous inspirer. En général, ils ont une longue espérance de vie en raison de leur mode alimentaire. Plus de deux milliards de personnes arrivent à se nourrir correctement et même vendent au reste du monde. Ça veut dire le nombre n’est pas un problème si l’on est organisé. Les Etats-Unis sont indépendants depuis 1776. Donc l’Amérique  a aujourd’hui 244 ans. La Chine, elle est âgée seulement de 70 ans, mais elle s’est hissée au même niveau que les vieux pays.

La distance n’est-elle pas une barrière au rapprochement que vous appelez de tous vos vœux ?

Aujourd’hui avec les innovations technologiques, on peut dire que la distance ne devrait plus être un frein au raffermissement des liens diplomatiques. Par ailleurs comme le disent nos parents, là où on a un ami, on ne se gêne pas pour y arriver quelque soit le prix à payer.

     Quelle adresse pouvez-vous faire aux autorités chinoises et ivoiriennes dans le sens du renforcement de la coopération ?

Je voudrais demander aux autorités chinoises et ivoiriennes de coopérer avec les structures comme les nôtres. Car nous sommes encrés dans la population. Nous connaissons les réalités du terrain. Le club Ami de la Chine est la grande structure d’amitié de coopération en Afrique. Nous projetons organiser un grande rencontre sur la coopération, à laquelle sera conviée le président Xi Jiping. En février, nous aurons la finale du TICHI, le tournoi de l’amitié  ivoiro-chinois. Il aura lieu à Odiénné. Après les incidents entre les odiénekas et les chinois, nous avons estimé qu’il était bon d’organiser ce tournoi pour renforcer l’amitié. Ce tournoi va permettre de valoriser les potentialités économiques de chaque département, parce qu’il sera tournant. Après Odiénné, nous irons à Soubré pour saluer le barrage réalisé avec l’aide des chinois. Nous avons également à cœur de rendre hommage dans le cadre de cette initiative, aux joueurs comme Didier Drogba, Gervignho, Yaya Touré qui ont joué en Chine. Outre le Thichi, il y a SIKA, le salon économique et culturel Chine-Afrique. Le salon va se faire dans les mois à venir, c’est-à-dire en 2021. Nous prévoyons également le Salon agricole Chine-Afrique. Vous savez que la Chine compte plus de d’un milliard d’habitants mais le pays a réussi à nourrir tout ce monde. Nous avons beaucoup à apprendre. L’Afrique incarne l’avenir car d’ici trente ans, il n’y aura plus de terres cultivables ailleurs qu’en Afrique.  Ce salon va nous permettre nous projeter.

Interview réalisée par César Ebrokié

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