Tensions au RHDP avant la présidentielle de 2020: Toute la vérité sur la rébellion de Mabri et Amon Tanoh

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Qui sera le candidat du RHDP à l’élection présidentielle d’octobre prochain ? Au cas où Alassane Ouattara renonce à un 3ème mandat fort contesté, son choix pourrait se porter sur Amadou Gon Coulibaly, soutiennent unanimement des sources crédibles. Mais d’autres candidatures « indépendantes » donc non adoubées par le président du RHDP pointent du nez. Mettant ainsi le parti au pouvoir dans une grave crise avant la lettre.

Le ton et la prestance doctes, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly répondait aux différentes questions des journalistes, le jeudi 20 février dernier, à l’occasion de la conférence de presse initiée périodiquement par ses services dans le cadre de la stratégie de communication visant à le maintenir en contact avec les populations. Et à faire adouber son travail à la tête du gouvernement mais aussi aux côtés du chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Un travail dont certains grands échecs dont celui récent du dialogue politique avec l’opposition apparaissent patents comme un nez sur un visage. Malgré cela, Amadou Gon Coulibaly semble être droit dans ses bottes dans cet environnement politique concurrentiel rude. A quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2020. Une élection pour laquelle il pourrait être le candidat du RHDP, le parti au pouvoir, en cas de non-candidature d’Alassane Ouattara. Au RHDP, l’unanimité n’a pourtant pas encore été faite autour de son nom, soutiennent des sources internes. Même si elles reconnaissent qu’ « il est le choix du président Ouattara ». Peut-on contester le choix d’Alassane Ouattara au RHDP ? « Non ce n’est pas possible, c’est lui notre référent politique, notre leader incontesté », répond un cadre du RHDP transfuge du RDR. Qui précise cependant qu’Alassane Ouattara s’était lourdement trompé en choisissant à l’époque  la ministre Kandia Camara Kamissoko comme Secrétaire générale du RDR. « C’était un mauvais choix, on préférait Adama Bictogo à ce poste ou qu’Amadou Soumahoro soit reconduit. Mais pas Kandia Camara. Elle n’en avait pas la carrure. Mais bon en devenant RHDP, de nouvelles nominations ont été faites et elles nous ont réjouis », soutient notre source.

Amadou Gon Coulibaly se trouve-t-il aujourd’hui dans le cas de Kandia Camara hier ? Un fait est sûr, au RHDP, certains militants estiment qu’il est le choix idéal pour la présidentielle de 2020, d’autres pensent que présenter Amadou Gon Coulibaly équivaudrait à une défaite assurée à la présidentielle prochaine pour le parti au pouvoir. Ces derniers militent activement pour l’organisation de primaires en vue du choix du candidat du RHDP. Ils se rebellent donc contre le choix unilatéral d’Alassane Ouattara porté sur Amadou Gon Coulibaly. C’est au su de ces tiraillements au sein du RHDP qu’El Hadj Abdallah Mabri Toikeusse ou encore Albert Mabri Toikeusse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, par ailleurs, président de l’UDPCI (parti politique membre du RHDP), convoite l’investiture RHDP en qualité de candidat à l’élection présidentielle. Autre membre du gouvernement à nourrir cette ambition et qui ne s’en cache plus, c’est le ministre des Affaires étrangères, Marcel Amon Tanoh.

Les deux « rebelles » qui gênent Ouattara

La tribune publiée dans l’édition d’hier du quotidien Le Nouveau Réveil, proche du PDCI-RDA, par l’ancien journaliste au quotidien Le Courrier d’Abidjan, Dr Kévin Boumy,  enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody, et justifiant le choix que le RHDP devrait porter sur Mabri Toikeusse en tant que candidat pour la présidentielle de 2020 ne constitue pas un fruit du hasard. Bien au contraire, elle reprend en écho la position qui se sédimente à l’UDPCI selon laquelle « si Alassane Ouattara n’est pas candidat en 2020, Mabri Toikeusse sera candidat. S’il le faut, il sera le candidat de l’UDPCI ». Même s’ils sont aujourd’hui militants du RHDP, les partisans de Mabri Toikeusse n’ignorent pas qu’ils demeurent des militants de l’UDPCI. Ils sont convaincus que Mabri Toikeusse possède le meilleur profil au RHDP pour être le successeur d’Alassane Ouattara. Ce que semble ne pas penser Ouattara, lui-même, aux dires d’une source proche du chef de l’Etat. Même si officiellement le président Ouattara ne dit rien sur les ambitions présidentielles de Mabri Toikeusse, officieusement croient savoir des sources proches du RHDP, il trouverait agaçant l’activisme de Mabri Toikeusse et de Marcel Amon Tanoh en vue de la présidentielle.

Alassane Ouattara ne militerait pas en faveur de primaires au RHDP pour choisir le candidat du parti au pouvoir à la présidentielle d’octobre prochain. Ce d’autant qu’une telle échéance interne pourrait créer l’implosion du parti unifié constitué de formations politiques diverses. Des formations qui pourraient présenter leurs candidats sans oublier d’autres candidatures importantes mais jusqu’ici silencieuses telles que le ministre d’Etat, ministre de la défense, Hamed Bakayoko et le ministre des ressources animales et halieutiques, Dosso Moussa. Le RHDP se trouverait alors face à une situation incontrôlable pour Alassane Ouattara.  D’où la position actuelle du chef de l’Etat, soutiennent des sources, de brandir l’éventualité de sa candidature à un 3ème mandat afin que « les ministres se concentrent sur l’action gouvernementale ».

Autre souci d’Alassane Ouattara, les ambitions présidentielles de Marcel Amon Tanoh. C’est désormais un secret de polichinelle que le chef de l’Etat en est informées. Marcel Amon Tanoh n’en démord pas. Selon des sources proches du RHDP, il rechignerait à quitter le gouvernement et aurait même écarté toute éventualité de remplacer feu Charles Diby Koffi à la présidence du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC). D’autant que devenir chef d’institution équivaudrait à renoncer à ses ambitions présidentielles. Membre du proche carré d’Alassane Ouattara et fidèle parmi les fidèles de l’actuel chef de l’Etat, Marcel Amon Tanoh bénéficierait d’un atout maître : le soutien d’une importante personnalité proche du président Ouattara. Au RHDP, l’image d’Amon Tanoh ne passe pas. Il est perçu à la fois comme une personnalité snob et éloignée du peuple. Mais sa très longue fidélité à Ouattara et le fait qu’il appartienne à l’ethnie Agni (majoritairement proche du PDCI) en fait un cas gênant pour le président du RHDP. Mabri Toikeusse et Marcel Amon Tanoh vont-ils renoncer à leurs ambitions au profit d’Amadou Gon Coulibaly ? Rien ne semble certain. A quelques mois de l’élection présidentielle, la tension couve au RHDP. Le parti au pouvoir attend cependant désigner son candidat après juin 2020. C’est-à-dire après la convention du PDCI-RDA, du 12 au 14 juin 2020, qui aura choisi le candidat du parti dirigé par Henri Konan Bédié.

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Didier Depry

didierdepri@yahoo.fr

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