Veritas par Didier Dépry: 2020 et ses non-dits

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Par Didier Dépry

Ils ont enfin tous dirigé la Côte d’Ivoire. Les grands leaders politiques ivoiriens qui se sont affrontés pour la succession d’Houphouët-Boigny, depuis le décès de celui-ci en 1993. D’abord Henri Konan Bédié, dauphin constitutionnel d’Houphouët-Boigny, qui a pu arracher au forceps le respect de l’article 11 de la Constitution de l’époque.

Envers et contre tous, au nombre desquels un certain Philippe Grégoire Yacé, dauphin constitutionnel de la première heure, éjecté par Houphouët au profit de Bédié.

De décembre 1993 à décembre 1999, Bédié a donc dirigé la Côte d’Ivoire avant d’être renversé par un coup d’Etat militaire. Ensuite Robert Guéi. Général des armées, chef éphémère de la transition militaire. Devenu par la suite civil et président de parti politique. Avant de s’éteindre en 2002. Lors de la rébellion armée qui a secoué le pouvoir de Laurent Gbagbo, l’opposant historique à Houphouët-Boigny, élu président en octobre 2000. Enfin, depuis avril 2011, suite  à une crise postélectorale sanglante, Alassane Ouattara, l’unique Premier ministre d’Houphouët, dirige la Côte d’Ivoire.

Bédié, Guéi, Gbagbo et Ouattara ont donc tous dirigé le pays. Chacun ayant montré aux Ivoiriens, ce dont il est capable. Certes tous n’ont pas évolué dans le même contexte sociopolitique mais tous ont un bilan. Positif ou négatif, c’est aux Ivoiriens d’en juger. Aucun de ses quatre « grands » n’est donc neuf. Par conséquent, les populations ivoiriennes ne s’attendent pas à un miracle pouvant provenir de l’un ou l’autre de ces leaders. C’est à juste titre que l’idée de leurs candidatures  à l’élection présidentielle de 2020 suscite la polémique. Certains observateurs  y sont favorables, d’autres le sont moins. Mais pour leurs partisans, pas d’hésitation, ils doivent être en lice en 2020.

Pourquoi doivent-ils l’être ? Ils répondent en chœur : « pour réconcilier les Ivoiriens ! ». Même si à la vérité, les discours que certains de ces leaders tiennent ces temps-ci, nous inclinent à en douter. Pourquoi Ouattara joue-t-il la valse avec sa volonté pour un 3ème mandat ? Pourquoi Bédié rêve-t-il de revenir au pouvoir au point d’avoir été le parrain de la modification dans la nouvelle Constitution de l’article lié à la limitation d’âge à 75 ans pour les candidats à la présidentielle ? Pourquoi Gbagbo s’active-t-il en sous-main, depuis si loin, pour briguer la présidentielle de 2020 ?

La réponse à toutes ces questions est unique et la voici : ils veulent tous prendre leur revanche sur le passé. Ouattara veut un 3ème mandat en 2020 pour montrer à ses adversaires qui l’ont ostracisé en 1990 qu’il a bel et bien une légitimité en Côte d’Ivoire.

Bédié qui a perdu le pouvoir par un coup d’Etat voudrait revenir aux «affaires» pour démontrer que ce putsch était totalement dénué de toute logique et que c’est l’interruption brutale de son programme « Les 12 chantiers de l’Eléphant d’Afrique » qui en était l’objectif. Pour Gbagbo, reprendre le pouvoir en 2020 signifiera que les rebelles et la communauté internationale qui les a soutenus ont eu tort sur toute la ligne.

Qu’on l’a empêché de travailler parce qu’on avait peur de lui. Autant de non-dits que charrie le scrutin présidentiel de 2020 qui en font l’échéance de tous les inconnus et des surprises politiques. Des non-dits qui visiblement  n’intègrent  en rien l’intérêt général. Les perdants reconnaîtront-ils la victoire du gagnant ? Tel apparaît, au-delà de tout, la question fondamentale.

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