Véritas: Candidats avatars ?

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Par Didier Dépry
didierdepri@yahoo.fr

Sauf revirement spectaculaire de situation, ce qui serait peu probable, aucune élection présidentielle en Côte d’Ivoire n’aura désormais comme têtes d’affiche le trio Bédié, Gbagbo et Ouattara, comme ce fut le cas en 2010. La première raison pour justifier cette assertion, c’est le fait qu’Alassane Ouattara ait solennellement annoncé, le jeudi 5 mars 2020, devant 352 parlementaires (253 députés et 99 sénateurs rassemblés à Yamoussoukro), son renoncement à un troisième mandat présidentiel et son désir de « transférer le pouvoir à une jeune génération ».  En clair, son engagement d’aller à la retraite politique de premier plan…même s’il demeure le président du RHDP.

La seconde raison est liée au fait que si visiblement la candidature de Bédié est possible en octobre 2020, celle de Gbagbo pourrait rencontrer un obstacle majeur relativement à sa condamnation par contumace à 20 ans de prison par la Justice ivoirienne dans la curieuse affaire dite du « braquage de la BCEAO ».A moins qu’un accord entre les acteurs politiques ivoiriens sous l’égide de la communauté internationale ne vienne remettre tout à plat.

Alassane Ouattara a choisi Amadou Gon Coulibaly pour lui succéder dans la conquête du pouvoir en octobre 2020. Gon Coulibaly sera-t-il l’avatar de Ouattara ou pourra-t-il écrire une page totalement différente ? Une page, la sienne, qui ne sera pas émaillée de violences post-électorales et d’autres crises politiques. Qui sera le candidat du FPI adoubé par Laurent Gbagbo ? Pascal Affi N’Guessan ou un autre militant du FPI ? On devrait le savoir très bientôt. Cependant de l’avis de certains observateurs, ce candidat ne devra pas être l’avatar de Gbagbo, tout comme celui du PDCI-RDA, un remake de Bédié portant un autre visage.

En cas de renoncement de la part d’Henri Konan Bédié, si les candidats qui vont s’affronter en octobre 2020 apparaissent comme les avatars des trois grands leaders politiques ivoiriens (Bédié, Gbagbo et Ouattara), il est à craindre que la Côte d’Ivoire ne sorte pas de l’ornière. D’autant que  ces « trois grands » ruminent une rancœur voire une vengeance les uns à l’égard des autres. C’est un secret de polichinelle que Bédié ne pardonne pas à Ouattara son « ingratitude » après l’Appel de Daoukro de 2014. Sans oublier son attitude à son endroit après le coup d’Etat militaire de décembre 1999. Ouattara n’oubliera pas de sitôt le mandat d’arrêt international et l’ivoirité de Bédié contre lui. Gbagbo qui a connu la CPI et a survécu avec vaine au sort que lui avaient réservé les rebelles pro-Ouattara garde un silence qui en dit long sur son état d’esprit.

Après la coalition Gbagbo-Ouattara contre Bédié puis celle de Bédié-Ouattara contre Gbagbo, on assiste maintenant à l’ «union» Bédié-Gbagbo contre Ouattara. Les deux précédentes coalitions ont fait couler des larmes et du sang à la Côte d’Ivoire. Le pays pourra-t-il vaincre le signe indien avec la présente coalition ? Question à mille inconnues. Seuls les « héritiers » de Bédié, Gbagbo et Ouattara qui se disputeront le fauteuil présidentiel en octobre prochain, et qui voudront prendre en main leur propre destin comme l’a fait en Angola, Joao Lourenço vis-à-vis d’Edouardo Dos Santos, pourront mettre fin à une époque afin que s’ouvre une nouvelle, sans ivoirité, rébellion armée, crise post-électorale ni rattrapage ethnique, où la réconciliation nationale sera enfin une priorité pour le développement de la Côte d’Ivoire.

Didier Depry

didierdepri@yahoo.fr

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