Veritas par Didier Dépry : Ave Issoufou !

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Par Didier Dépry
didierdepri@yahoo.fr

Le culte de la personnalité, réalité répandue dans le monde politique africain et ailleurs, est détestable. Personnellement je l’abhorre parce que nul n’est irremplaçable sur cette terre des hommes et la pratique du culte de la personnalité est en soi contraire à la vision de la démocratie. Mais si je devais céder au culte de la personnalité, je le ferai volontiers pour une personnalité africaine actuellement au pouvoir et qui a décidé d’appliquer l’alternance et de respecter à la lettre la Constitution de son pays.

Il s’agit de Mahamadou Issoufou, président de la république du Niger. Il aurait pu briquer un troisième mandat comme sont tentés de le faire l’Ivoirien Alassane Ouattara et le Guinéen alpha Condé, s’éterniser au pouvoir après ses deux mandats pour suivre l’exemple du Camerounais Paul Biya en brandissant l’argument passepartout de la stabilité de son pays dont il serait l’unique garant d’autant que (et cela n’est pas faux) le Niger fait partie des pays africains qui sont dans l’œil du cyclone de la menace terroriste et djihadiste.

Mahamadou Issoufou aurait également pu évoquer son âge (il a 68 ans) et sa robustesse pour dire à la face du peuple nigérien qu’il a encore la force nécessaire pour continuer l’aventure envers et contre la volonté de son opposition. Enfin, Mahamadou Issoufou aurait pu tout simplement modifier, selon son bon vouloir, la Constitution de son pays pour y faire figurer une disposition qui rend illimité le nombre de mandats présidentiels. Il rejoindrait ainsi, à travers un tel tripatouillage de la Constitution du Niger, le club des potentats africains qui modifient la Constitution pour s’accrocher au pouvoir.

Mahamadou Issoufou n’a rien fait de tout cela. Il a pris la décision courageuse et bénéfique pour le Niger de s’en tenir à deux mandats présidentiels comme l’exige la Constitution. Il a décidé de partir et de céder le fauteuil à un autre chef de l’Etat.

A l’élection présidentielle de 2021, les électeurs Nigériens éliront un président de la république qui ne sera ni Mahamadou Issoufou ni aucun de ceux qui l’ont précédé. Le nouveau chef de l’Etat sera un nouveau visage dans le fauteuil présidentiel.

Autre leçon donnée par Mahamadou Issoufou, son parti, le parti au pouvoir, le PNds (parti nigérien pour la démocratie et le socialisme), membre de l’Internationale socialiste, a choisi et investi, en mars 2019, Mohamed Bazoum, 59 ans, actuel ministre de l’Intérieur, comme son candidat à la présidentielle à venir. Même si en interne, ce choix a fait grincer certaines dents, un fait demeure irréversible, Mahamadou Issoufou a ouvert une nouvelle page de la gouvernance étatique au Niger.

« si nous, chefs d’etat, ne montrons pas l’exemple, qui le fera ? », s’est-il interrogé dans une récente interview accordée à mes confrères de l’hebdomadaire Jeune Afrique. une façon de traduire la haute idée qu’il a de la fonction de chef de l’Etat mais également du rôle que ceux-là doivent jouer pour l’enracinement de la démocratie en Afrique.

un enracinement qui passe, entre autres, par l’élan perpétuel vers l’alternance paisible et démocratique ainsi que comprendre qu’il faut partir quand la cloche du temps sonne. Parce qu’il y a une vie après le pouvoir. elle n’est certes pas celle avec les cors du palais mais elle est vivable si l’on se fixe de nouveaux objectifs comme c’est le cas pour l’ancien chef de l’Etat du Nigeria, Olunsegun obasanjo, qui s’occupe sans remords. Heureux les Nigériens d’avoir eu Mahamadou Issoufou qui a fait prévaloir les intérêts de la Nation sur les siens.

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