Veritas par Didier Dépry: Houphouët savait pardonner

Vues: 155
Lecture: 3 minutes

Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d’Ivoire, n’était pas un saint. C’est le moins qu’on puisse dire. Comme de

Par Didier Dépry
didierdepri@yahoo.fr

nombreux chefs d’Etat sous nos tropiques, il avait une part de dictature. A l’instar d’Idi Amin Dada, Mouammar Kadhafi, Mobutu Séssé Séko, Denis Sassou N’Guesso, Idriss Déby et autres, il cumulait des zones d’ombre faites de graves violations des droits de l’homme. Les massacres du Guébié, c’était Houphouët-Boigny, tout comme la prison d’Assabou et ses tortures.

Au-delà du « dictateur » qui a dirigé le pays d’une main de fer durant les vingt premières années de son règne (1960 à 1980),  il y avait Houphouët, le leader éclairé. Celui qui était proche des confessions religieuses sans distinction et ne se privait pas d’écouter les conseils des leaders religieux ; qui œuvrait en toute chose pour que la Côte d’Ivoire occupe le premier rang ;  qui savait pardonner aux autres et à ses adversaires politiques…

C’est dans cette logique qu’on pourrait inscrire le retour au pays en 1988 de son opposant Laurent Gbagbo. Exilé politique en France, au début des années 80, Gbagbo qui bataillait pour le multipartisme et la démocratie en Côte d’Ivoire (il avait même créé dans la clandestinité, un parti politique, le FPI) n’était pas tendre avec Houphouët. Ce dernier aurait pu lancer un mandat d’arrêt international contre lui – et Dieu seul sait si la France pouvait ne pas l’exécuter. Houphouët pouvait également faire assassiner Gbagbo à Paris par ses hommes de main avec la complicité des services secrets français, comme l’a fait le régime d’apartheid d’Afrique du Sud pour Dulcie September, activiste et représentante de l’ANC en France. Elle a été assassinée, le 29 mars 1988, à Paris. Houphouët-Boigny n’a rien fait de tout cela.

Bien au contraire, il a dépêché, à l’époque en France, l’un de ses fidèles collaborateurs (il est encore vivant), pour rencontrer Laurent Gbagbo et le convaincre de mettre un terme à son exil et renter en Côte d’Ivoire car « l’oiseau ne se fâche jamais avec l’arbre », avait argumenté Houphouët-Boigny. La suite, on l’a connaît. Gbagbo est rentré et deux ans plus tard, le multipartisme a pris corps dans le pays même si on convient que ce fut au forceps.

Houphouët ne savait pas que pardonner, il savait aussi reconnaître ses erreurs et se faire pardonner. Après l’épisode du « chat noir » (un coup d’Etat imaginaire) en 1963, Houphouët avait présenté publiquement ses excuses et avait reconnu avoir été induit en erreur par son informateur et enquêteur. Il avait ensuite réhabilité les personnalités en vue de l’époque qu’il avait fait incarcérer pour cette sordide affaire.

Tel était Houphouët-Boigny. On ne peut donc pas se réclamer de lui, affirmer haut et fort qu’on est son héritier politique et proscrire de son attitude, le pardon.  Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, unique Premier ministre d’Houphouët-Boigny, est-il vraiment un Houphouëtiste ? Qu’il libère donc tous les prisonniers, civils et militaires, liés à la crise post-électorale de 2010-2011 comme l’aurait assurément fait Houphouët. Qu’il fume le calumet de la paix avec Bédié, Gbagbo, Soro et Blé Goudé. Qu’il abandonne le mandat d’arrêt international contre Guillaume Soro. Afin de donner une grande chance à la paix dans le pays. Car comme le disait Houphouët, «la paix, ce n’est pas un mot mais un comportement».

Didier Depry

didierdepri@yahoo.fr

Partager
commentaires: 0

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués avec *

0

Your Cart