Veritas par Didier Dépry: Une «démocratie» de privilégiés

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Par Didier Dépry
didierdepri@yahoo.fr

Même si la proximité du chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, avec son homologue béninois, Patrice Talon, constitue un secret de polichinelle, et que M. Talon est ce qu’on appelle communément en Côte d’Ivoire, le « petit » de M. Ouattara ; l’initiative politique du « petit » concernant la caution à l’élection présidentielle au Bénin ne devrait pas inspirer le « vieux père » (l’aîné en nouchi, argot ivoirien). Malheureusement, c’est ce qui semble être le cas.

Tenez-vous bien ! Au Bénin, désormais, pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut verser une caution qui s’élève à 250 millions de fcfa. Cette caution a subi une augmentation extrême (multipliée par près de 17 fois) alors qu’elle était jusque-là de 15 millions de fcfa. Ce changement est intervenu dans le cadre d’une réforme du code électoral adoptée, à l’unanimité, dans la nuit du jeudi 14 novembre 2019, par le parlement béninois, en dépit de fortes protestations et d’indignation de l’opposition ainsi que de la société civile. Par ailleurs, ce nouveau code adopté par les députés de la majorité présidentielle béninoise et rendu effectif le 15 novembre 2019 fixe la caution de la liste de candidats aux élections législatives à 249 millions de fcfa contre 8,3 millions de fcfa auparavant.

L’élection présidentielle au Bénin se tiendra, sauf report, en mars 2021. Les prochaines élections municipales (dénommées désormais communales) au Bénin auront lieu, le dimanche 17 mai 2020. Elles   sont également régies par le nouveau code électoral qui a introduit le système de parrainages. Déterminant pour l’élection présidentielle de 2021. Un enchevêtrement auquel l’opposition et la société civile se sont opposées en vain. Patrice Talon est passé en force et la démocratie béninoise qu’on citait en exemple en Afrique francophone est aujourd’hui moquée et houspillée.

Alassane Ouattara a visiblement adoubé son « petit » dans ces réformes contestées au point de vouloir les reproduire en Côte d’Ivoire. «Au niveau de la caution, le RHDP a proposé 250 millions de fcfa. Pour nous, cela était inacceptable (…) Mais dans les pas que nous avons fait en avant, nous avons indiqué que sur un ticket, nous pouvons aller jusqu’à 50 millions de fcfa. C’est le plafond qui pouvait faire l’objet de discussions », a révélé Maurice Kakou Guikahué, Secrétaire exécutif en chef du PDCI-RDA, un des partis leaders de l’opposition et ancien allié d’Alassane Ouattara.

La caution à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire est depuis 1990 de 20 millions de fcfa. Elle avait été fixée à ce montant par Félix Houphouët-Boigny, premier président du pays, qui voulait ainsi éliminer son opposant historique Laurent Gbagbo de la course au palais présidentiel en 1990. Pourquoi 250 millions ou 50 millions aujourd’hui ? Alassane Ouattara veut-il écarter le maximum de présidentiables de la course au fauteuil en octobre 2020 ? C’est peut-être vrai. Mais constat, il le fera avec la complicité de l’opposition, notamment des ténors de l’opposition.

D’autant que 250 millions ou 50 millions de fcfa sont des sommes faramineuses pour tout citoyen dans cette Côte d’Ivoire à la croissance économique forte mais non inclusive. Peut-être que les tickets de candidats du RHDP et des grands partis politiques de l’opposition auront 50 millions de fcfa pour payer leur caution en vue de la présidentielle mais qu’en sera-t-il des candidats des petits partis politiques et des candidats indépendants ?  Autre question fondamentale : Pourquoi vouloir faire de la participation à l’élection présidentielle, un luxe réservé à des nantis ? Le charme de la démocratie, c’est d’offrir les mêmes chances à tous les citoyens, qu’ils soient riches ou pauvres, non scolarisés ou grands diplômés, ruraux ou citadins, non politiques ou politiques etc. Et ces mêmes chances signifient, en la matière,  que la caution doit être à la portée de tous les candidats potentiels. 20 millions de fcfa ne semblait pas être le cas et la question d’une réduction paraissait opportune. Quand le coup de massue est tombé ! On ne peut pas affirmer avoir combattu l’ivoirité qui catégorisait les Ivoiriens et instaurer le rattrapage ethnique puis une « démocratie » de privilégiés.

Didier Depry

didierdepri@yahoo.fr

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